La vie wagnérienne

09 octobre 2017

WALKYRIE - VACHE QUI RIT

Essai de mise au point à propos d'un à peu près (par Henri Perrier)

Si vous êtes un wagnérien ou une wagnérienne qui a de nombreuses années de service, on vous a déjà servi un certain nombre de fois une plaisanterie bébête sur "la vache qui rit" et cela ne vous fait plus rire depuis longtemps. Aussi, je vous propose de vous en parler avec tout le sérieux et la rigueur nécessaires. En premier lieu, on doit remarquer que c'est une plaisanterie uniquement franchouillarde qui laisse complètement indifférents les étrangers à notre langue. En revanche (!), son origine est évidemment à rechercher dans la vieille hostilité franco-allemande. Bien sûr, les blagues sur les valkirigolent et les valkipleurent sont certainement très anciennes, mais l'allusion à la vache doit remonter à l'après-guerre de 1870-71.

Wache

A la suite de l'annexion de l'Alsace-Lorraine, les vainqueurs avaient installé des postes aux frontières portant l'inscription "Wache" ce qui signifie garde ou sentinelle. Du côté français, les gens ignorant les règles de la prononciation teutonne prononçaient "vache". Le chant patriotique allemand "Die Wacht am Rhein" devint du côté français "La vache au Rhin". Des étymologistes téméraires prétendent qu'il y aurait là une origine possible de l'invective aux forces de l'ordre "mort aux vaches", plutôt que de la rechercher dans les milieux de la tauromachie.

Femme vache

 

Est-ce aussi pour cette même raison que l'épithète est utilisée pour désigner une personne ou une action méchante ou sévère ? Ou bien plutôt parce que cette femelle sournoise peut décocher de furieux coups de pieds. A l'opposé, le mot "vache" peut être utilisé sans connotation péjorative, bien au contraire, surtout dans les contrées d'élevage. Ainsi, une "belle vache" peut désigner une femme bien en chair (ni trop grasse ni trop maigre par référence biblique) au regard placide, naïf et doux... voire capable d'esquisser un tendre sourire. 

 

 

Voilà qui nous conduit tout droit au point sensible de l'affaire : le rire de la vache. Il est connu depuis la nuit des temps, et formellement depuis Rabelais, que le rire est le propre de l'homme. Aussi, grand a été le mérite du dessinateur qui le premier s'est exercé à faire rire les animaux : c'est Benjamin Rabier (1864-1939), le fameux illustrateur de livres et de journaux pour enfants. C'est lui qui est à l'origine de la Wachkyrie - Vache qui rit dont je vais vous résumer l'histoire en en faisant une synthèse à partir de nombreux articles consultés sur Internet.

fables deLa Fontaine

Rabier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dès 1906, Benjamin Rabier avait publié un album illustré des Fables de La Fontaine dont la couverture représentait une vache souriante devisant avec un chat et des grenouilles. En 1916, l'armée française organisa une sorte de concours en vue de choisir des insignes devant orner les véhicules des sections automobiles militaires destinées au transport des personnels, des munitions ou du ravitaillement. Et c'est Rabier qui fut lauréat de ce concours dans la catégorie "ravitaillement en viande fraîche". Son dessin représentait la tête d'une vache hilare portant l'inscription "la Wachkyrie". Les véhicules de transport étaient en fait des autobus parisiens réquisitionnés et spécialement aménagés. L'appelation faisait référence par dérision à des valkyries qui, paraît-il, étaient peintes sur les véhicules transportant les troupes allemandes. Je n'ai pas pu trouver la preuve en image de cette assertion qui serait d'ailleurs bien funeste puisque, comme chacun sait, les valkyries mythologiques étaient chargées du transport des guerriers morts. Remarquons aussi que l'écriture du mot avec un W sur le dessin de Rabier revoie à la "Wache" mentionnée plus haut.

Camion-bus

insigne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le hasard a voulu que le fromager jurassien Léon Bel servît dans cette unité de transport de viande. En 1921, il s'entendit avec Rabier pour pouvoir utiliser son dessin sur ses boites de fromage fondu. Pour tous les détails sur le fabuleux destin de la "Vache qui rit", on peut consulter son site Internet ou mieux encore visiter son musée à Lons-le-Saunier.

L'entente avec Rabier ne se fit pas sans complications car le dessinateur avait déjà confié auparavant sa vache qui rit à un producteur de camembert. 

camembert

première vache qui rit

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A la suite de son grand succès, la Vache qui rit a fait l'objet de nombreuses imitations ou contrefaçons qui font les délices des tyrosémiophiles. Dans le genre, l'idée contraire est même venue à un fabricant qui choisit d'appeler son fromage "Valkyrie".

camembert Valkyrie

En juste retour des choses, la Vache qui rit, née d'un pastiche railleur, a dû elle aussi endurer les épreuves de la parodie goguenarde.

La vache qui crie

La vache qui lit

 

 

 

La vache qui ouit

 

mort aux vaches

 

La vache qui chie

 

Avant l'histoire du fromage, en 1919, parut une chanson en forme de fox-trot "la Wachkyrie", arborant le dessin de Rabier, publiée dans le cadre des souvenirs de guerre sur les insignes des sections automobiles des armées. Sur une musique de Clapson, les paroles de Pierre d'Amor sont innocentes et n'évoquent en rien un ressentiment chauviniste ou une gloriole revancharde :

La wachkyrie partition

Au bord d'une grand'route, il est en Normandie

Une accueillante et vaste hôtellerie

Cette auberge célèbre a pour enseigne encore

La vache qui rit

Ecrite en lettres d'or...

 

Le tenancier malin accueille d'un sourire

Sa clientèle que tant de joie attire.

Au prix où est le beurre, en cet heureux pays,

Toutes les vaches toujours aujourd'hui rient...

 

Dans le genre de la caricature méchante, on aurait pu penser que des têtes de vaches fleurissent pour illustrer la haine des "boches" représentés jusqu'alors par des cochons ou des dogues. Apparemment, cela n'a pas été le cas même si certains dessins sont vraiment odieusement vaches et que la formule "vaches de boches ! "ait connu une vogue durable jusqu'au moment de l'Occupation.

Boches et betteraves

Pourquoi n'a-t-on pas vu de vache qui rit affublée d'un casque à pointe ? C'est justement parce qu'elle rit ! Tout comme les walkyries de Wagner rient beaucoup, même si le motif qui les amène à s'esclaffer peut nous paraître ambigu.

partition walkyries

 

Vache qui chevauche

 

 

Chevauchée des vaches qui rient

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les dessinateurs contemporains, il y a deux manières de représenter une walkyrie. Soit une personne de grande taille, blonde, souvent obèse et forte en gueule. Marine Le Pen en a fait les frais en version affligée ou souriante. C'est vrai qu'elle a le physique idoine (même qu'en plus son papa portait jadis un bandeau sur l'oeil !). L'autre manière, c'est celle de la fantasy : une fille athlétique, sexy, provocante mais sévère. A la rigueur elle peut même abandonner le cheval pour enfourcher un bovidé.

Marine Le Pen

 

Camembert Marine Le Pen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chevauchée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je vais terminer cet exposé par deux images sympathiques. La première est un dessin du bayreuthien Klaus Häring, inépuisable caricaturiste du monde wagnérien, qui représente une walkyrie helvétique à califourchon sur une vache. La seconde est la photographie de la médaille que mon grand'père s'était offerte en souvenir de ses cinq années de campagne pendant la Grande Guerre ; il avait choisi comme emblème le noble visage d'une walkyrie qui, plutôt que de le conduire au Walhall, avait préféré lui laisser regagner paisiblement son foyer.

walkyrie sur une vache

médaille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans cette histoire de fromage, on a assez peu parlé de Wagner.

Alors place au camembert Wagner !

camembert Wagner 1

Camembert Wagner 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

fin

 

 

 

 

 

 

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08 octobre 2017

WEEK-END ROMANTICO-WAGNERIEN

La venue de grandes stars de l'art lyrique à Lyon est une chose plutôt rare, aussi l'annonce du concert de Bryn Terfel avait de quoi interpeller les amateurs malgré un programme restreint. L'Orchestre National de Lyon était dirigé de main de maître au plein sens du mot par le jeune Lahav Shani. Après une 40ème Symphonie de Mozart, fougueuse, presque romantique, il a accompagné Bryn Terfel dans deux morceaux de bravoure de Verdi (Othello et Falstaff) et c'était déjà l'entracte ! On a repris avec un Siegfried Idyll alourdi dans sa version pour grand orchestre. Et cela s'est terminé par un véritable éblouissement avec les Adieux de Wotan interprétés avec une conviction, une intensité réellement formidable sans parler des qualités de timbre et de phrasé de cet immense artiste qu'est Bryn Terfel. Un moment inoubliable !

Bryn Terfel

 

Lahav Shani

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'était tout le contraire le lendemain avec le concert Wagner-Liszt au Théâtre du Casino d'Aix-les-Bains dans le cadre du Festival des Nuits Romantiques qui célèbrait les 120 ans de la création française de Tristan et Isolde.

Plaque pour Tristan

Jonas Vitaud a déchiffré plus qu'interprété des transcriptions-paraphrases d'oeuvre de Wagner par Franz Liszt. Il s'est en partie rattrapé après l'entracte, mais dans un programme lui aussi de rattrapage puisque la Sonate de Liszt, initialement annoncée, a été remplacée par quelques Consolations et par la Mephisto-Valse N°1.

Nuits romantiques

 

Jonas Vitaud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous avons consacré la journée du samedi à une escapade sur les bords du lac Léman, histoire de fêter une sorte de jubilé. En effet, cela fait tout juste 40 ans que nous avions commencé, à l'automne 1977, nos périples d'exploration des lieux de séjour de Richard Wagner en préparation aux "Rendez-vous wagnériens". Et nous avions débuté par La Tour de Peilz (Pension du Rivage, décembre 1865) et Villeneuve (Hôtel Byron, printemps 1850). L'Hôtel Byron est devenu une résidence pour personnes âgées (et néanmoins fortunées !). En revanche, la Pension autrefois tenue par des religieuses, a été très heureusement aménagée en un hôtel-restaurant plus que confortable (Hostellerie Bon Rivage) dont la table dans le genre "bourgeois-raffiné" est à recommander vivement. 

ancien hôtel Byron

Hostellerie Bon Rivage

 

 

Salle Cosima

 

Salle Wagner

 

 

 

 

 

 

 

 

Hostellerie avec signatures

Hôtel Bon Rivage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le soir, au Centre de Congrès d'Aix-les-Bains, nous avons retrouvé une douzaine de nos amis du Cercle Richard Wagner-Lyon venus assister au concert dont le programme comprenait les ouvertures ou préludes des onze ouvrages lyriques de Wagner de Rienzi à Parsifal.

Quelques wagnériens lyonnais à Aix les Bains

Idée étrange, une véritable gageure, avec peut-être l'espoir de figurer un jour dans le Guinness des records. En tout cas, épreuve redoutable, parfaitement réussie par l'Orchestre Symphonique National de la RAI de Turin. Ce fut un plaisir d'entendre et de voir avec quelle ardeur enthousiaste les instrumentistes s'en donnaient littéralement à coeur joie, dirigés par le jeune chef finlandais Pietari Inkinen à la gestique conventionnelle mais ô combien efficace. Que le programme soit une sorte de défi, on s'en est bien rendu compte avec les préludes des quatre journées du Ring qui sont en fait des introductions orchestrales et ne sont guère appropriées à une audition au concert. Plutôt que de viser à tout prix à cette "intégrale" peut-être aurait-il mieux valu insérer l'Ouverture pour Faust ou donner le Prélude de Tristan avec sa belle conclusion (version 1860) si rarement jouée ; sans parler des tubes incontournables que sont la Chevauchée des Walkyries ou le Prélude du troisième acte de Lohengrin qui auraient déclenché l'enthousiasme du public.

Pietari Inkinen

Autre bémol, c'était la présence intempestive d'une présentatrice qui accumula les banalités, les approximations et les balourdises sans vraiment parvenir à intéresser les profanes mais en réussissant parfaitement à exaspérer les connaisseurs.

Citation de Wagner

 

 

 

 

 

 

 

19 septembre 2017

FOIRE AUX VINS WAGNERIENS,SUITE ET FIN

Wagner trinquant avec ses amis

Dans Tristan et Isolde, le vin est le substrat dans lequel va être mélangé le contenu du flacon renfermant le philtre. Ceci n'est pas précisé dans les indications scéniques, mais un peu de logique permet de le justifier : les diverses fioles (poison, remèdes etc...) sont contenues dans un coffret, donc la contenance de chacune doit être assez faible et leur contenu doit être un liquide concentré. Il faut donc le mélanger avec un diluant pour le présenter comme un breuvage de volume convenable et de goût acceptable. D'ailleurs si on consulte le scénario en prose, on peut lire qu'Isolde "ordonne à Brangaine de préparer le breuvage de réconciliation qu'elle veut offrir à Tristan : un vin précieux que des marins leur ont une fois rapporté d'Italie" dans lequel Brangaine devra verser le philtre que sa maîtresse lui a désigné.

On peut en conclure sans risque que le contenu de la coupe que vont absorber Tristan et Isolde sera constitué d'une forte proportion de vin (rouge probablement) pour masquer le goût et la couleur de l'élixir. En fait les qualités gustatives du breuvage sont d'une importance très secondaire puisque les deux consommateurs vont l'absorber dans l'intention d'en finir avec la vie. Mais la suite va leur montrer que, l'effet mortel ne venant pas, la vie vaut peut être la peine d'être vécue. On ne peut exclure que l'effet euphorisant du vin ait influencé accessoirement leur comportement.

Bocksbeutel Tristan et Isolde

Tristan brut et doux

 Dans les références de la sphère vinicole à l'histoire de Tristan et Isolde, nous retiendrons particulièrement deux exemples : les produits du vignoble australien Brangayne et le Pomerol "Château Tristan".

Domaine Brangayne

Château Tristan

 D'autres spécimens sont plus marginaux :

Les marginaux

 L'allusion existe aussi avec des étiquettes qui mettent à profit le nom du vigneron (Champagne Tristan Hyest). Bien sûr le producteur de Sancerre qui s'appelle Mellot n'a pas recours à ce stratagème.

Tristan H

D'autre part, comte tenu du sujet, on ne peut négliger les préparations aromatisées à base de vin, du genre "philtre d'amour" :

Philtres d'amour

 Nous vous proposons deux digressions à même d'étancher votre soif de connaissance :

Château Tristan 1857

- A propos de l'étiquette "Kareol Te Aerdenhout" reproduite ci-dessus.

Karéol est le nom donné à la gigantesque villa Art Déco que s'était fait construire un banquier hollandais, Julius Carl Bunge (1865-1934). Elle se trouvait à Aerdenhout, un village près de Haarlem ; laissée à l'abandon, elle a été démolie en 1979. Bunge était un wagnérien fervent, tristanien passionné, président de l'association néerlandaise Wagner Vereeniging. L'étiquette correspond peut-être à une cuvée de sa réserve particulière, mais alors une remarque s'impose : en imaginant l'importance de sa fortune, on peut s'étonner qu'il se soit satisfait avec un modeste Bergerac.

villa Kareol

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- A propos du Château Tristan.

Pendant la saison 1990-91, l'Opéra de Lyon avait donné une production de Tristan et Isolde à l'Auditorium. On jouait très peu de Wagner dans ces années-là, de plus l'Opéra était en reconstruction, mais la direction avait tenu à faire un effort à l'occasion du Congrès International que nous avions organisé et qui vit la fondation du Richard Wagner Verband International. Dans l'exposition présentée dans le hall de l'Auditorium, nous avions placé dans une vitrine une bouteille de Château Tristan dont l'étiquette avait été maquillée, avec le millésime 1857 pour évoquer l'époque de la grande passion de Richard pour Mathilde Wesendonck. Cette bouteille avait excité la curiosité de nombre de visiteurs qui voulaient savoir si elle était bien authentique. Depuis, nous l'avons conservée comme une relique ce qui permet de vous la présenter aujourd'hui !

 

 

 

 Dans Parsifal, le vin tient une place qui relève du sacré, symbole de vitalité et de force consacré par la puissance du Graal. Cependant, la bénédiction qu'il reçoit n'opère pas la transsubstantiation qui selon l'Eglise catholique s'accomplit dans l'Eucharistie. C'est plutôt quasiment l'opération inverse puisque c'est le sang du Christ, réellement contenu dans le Graal, qui bénit le pain et le vin consommés par les chevaliers dans une agape solennelle.

Sans se préoccuper davantage des considérations dogmatiques, il n'empêche que la dénomination d'une bouteille évoquant Parsifal, Monsalvat ou le Graal, que ce soit par référence à la légende médiévale ou au festival scénique de Wagner, confère au vin une forme de grandeur qui doit inspirer le respect. De ce fait il n'est pas étonnant que les représentants soient particulièrement nombreux et de provenances variées.

Parsifal - contenants et contenu

Le plus simple était de vous les présenter en les classant par territoire d'origine : France, Italie, Espagne, Germanie et pays limitrophes.

France

Parsifal France

Italie

Parsifal Italie

Espagne 

Parsifal Espagne

Allemagne et Autriche 

Parsifal Allemagne Autriche

Luxembourg et Hongrie

Parsifal Luxembourg Hongrie

 En bonus, voici la plaisante dédicace de notre ami Detlef Roth, Amfortas à Bayreuth (2008-2012)

Rothwein

 

 

 

Nehmet vom Wein

Der Bühnenvorhang wird langsam geschlossen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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11 septembre 2017

FOIRE AUX VINS WAGNERIENS, SUITE

Saint Sylvestre 1840

 

Les rapports plus ou moins précis entre les vins et les oeuvres lyriques de Richard Wagner vont être le sujet de ce deuxième message oenophilique.

On laisse de côté les oeuvres de jeunesse (bien qu'il existe plusieurs références du genre "Clos des fées" ) pour se consacrer au dix chefs-d'oeuvre qui sont au répertoire du Festival de Bayreuth. Ce sera l'occasion de présenter diverses bouteilles sérigraphiées de vins de Franconie qu'on pouvait trouver pendant le Festival il y a quelques années (comme le temps passe... et le vin est aussi parfois passé !)

Bocksbeutel Festspielhaus et Hollander

Force est de constater que le Hollandais Volant n'est pas un sujet oenologiquement valorisant et on passe rapidement à Tannhäuser. Ici encore, on trouve peu de choses même en admettant une entorse orthographique (on a préféré écarter les dénominations ayant trait aux pèlerins et au pape).

Tannhäuser

Mais la situation est sauvée par Frau Venus qui a séduit l'imagination de maints vignerons.

Venus 1

domaine de vénus

Venus vins français

 Curieusement, Lohengrin qui est pourtant l'opéra le plus populaire de Wagner n'a guère eu les faveurs des amateurs de bouteilles mis à part des cuvées spéciales.

Lohengrin

Heureusement, il y a le cygne (pas que du blanc !) et aussi Elsa (grâce à l'European Law Students Association !)

Schwan

Le cygne et Elsa

 D'autre part, il sera largement question de Monsalvat quand on parlera de Parsifal.

Très peu de choses également pour les Maîtres Chanteurs, excepté des étiquettes "Eva" et un hommage particulier à Hans Sachs sous la forme d'un vin aromatisé.

Eva

Hans Sachs

En revanche, la Tétralogie est concernée par de nombreuses évocations surtout si on veut bien inclure celles sollicitant la légende des Nibelungen ou même des rapprochements bien hasardeux (sans toutefois aller jusqu'à l'anneau anti-gouttes!).

Or du Rhin

Walkyrie Siegfried

 Veuillez excuser les intrusions dysorthographiques

Rings-Valhalla

Rheingold-Walkyrie

Drachenblut étiquettes

Drachenblut bouteilles

Blutbruderschaft

Hagen et Siegfried

Siegfried et Brünnhilde

Brünnhilde sans Siegfried

Fin

Nous gardons pour une troisième séquence à venir Tristan et Parsifal, deux oeuvres dans lesquelles le vin tient une place éminente. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 juillet 2017

PERIPLE EN TERRES FAMILIERES

Notre sortie wagnérienne estivale nous a conduit d'abord à Zurich pour saluer notre vieille connaissance Armin Troesch et lui acheter quelques anciennes partitions qui pourront être utilisées pour un prochain concert de notre Cercle lyonnais.

Nous en avons profité pour aller photographier ce qui reste de la Pension Rinderknecht (56-58 Hochstraße) où Wagner écrivit le poème de la Walkyrie.

Ancienne pension Rinderknecht

La première halte était Oberammergau où nous avons vu, dans le Théâtre de la Passion (dont la capacité est de plus de 4000 places), la dernière d'une série de six représentations du Hollandais Volant. Le théâtre était bourré, ce fut un beau succès populaire, même si on pouvait regretter la sonorisation (toutefois indispensable vu la grandeur du théâtre) qui altère l'ambiance, mais c'était plus réconfortant qu'une salle à moitié vide dans une maison d'opéra prestigieuse.

Theâtre de la passion

Le spectacle était de grande qualité et tous les chanteurs furent à la hauteur de leur rôle. C'est le Hollandais de Gabor Bretz qui domina toutefois la production en donnant au personnage une dimension tant vocale que physique assez impressionnante. Il possède une très belle voix, ample et puissante qu'on aimerait bien entendre dans un vrai théâtre d'opéra. Sa partenaire, Iliene Kinca, fit également une admirable prestation. Bien que légèrement métallique dans les aigus (mais le chef d'orchestre avait choisi d'utiliser la version la plus aigue), sa voix est ample et  elle s'acquitta fort bien de ce rôle de Senta qui semble être son premier rôle wagnérien. Les autres interprètes, Guido Jentjens dans le rôle de Daland ou David Danholt dans celui d'Erik étaient aussi excellents. Une mention particulière peut être donnée à la Mary d'Iris van Wijnen. Ce rôle, neutre et souvent chanté par une artiste vieillissante, fut joliment interpreté par cette jeune chanteuse qui se prenait un peu pour Mary Poppins. Il faut dire que la scène du choeur des fileuses était transposée en une répétition de chorale dont Mary était le chef. Ce fut drôle et sympathique, sans aucune vulgarité. Il faut ajouter que si les solistes et les musiciens étaient tous sonorisés, les choristes ne l'étaient pas, et heureusement, car ils étaient 180 chanteurs amateurs de la région. La scène, pourtant très vaste, était donc bien remplie tant pour la scène des fileuses que pour celles des matelots. La mise en scène était sans prétention, adaptée au lieu scénique, mais fort respectueuse. L'orchestre de jeunes musiciens formant la Neue Philharmonie de Munich, suivit avec ardeur les injonctions du chef Ainars Rubikis mais sa performance se ressentit quelque peu des servitudes de la sonorisation.

Le Hollandais

 

 

Senta

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Erik et Daland

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mary

 

 

 

 

Ainars Rubikis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur la route de Munich, deux haltes s'imposaient : à Berg, près de la croix marquant l'emplacement où fut retrouvé le corps du roi Louis II, et non loin de là, à Kempfenhausen, à la Villa Pellet où résidait Wagner  en 1864 au début de son séjour dans le voisinage de son jeune protecteur.

La croix dans le lac

 

 

Plaque sur la croix

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapelle votive

Chapelle votive à Louis II

Villa Pellet

 

 

 

Plaque Villa Pellet

 

 

 

 

 

 

 

 

A Munich, nous avions eu l'idée d'assister à une représentation de l'opérette Wiener Blut, sans doute pour le plaisir d'écouter la musique charmante de Johann Strauss mais aussi parce que la représentation avait lieu au théâtre Cuvilliés. L'histoire de ce théâtre est la suivante : la merveilleuse décoration rococo qui était celle du Residenz Theater (là où eurent lieu les répétitions de Tristan en 1865) fut mise à l'abri dans les années quarante, et après les bombardements de la guerre, reconstruite dans un autre endroit du palais de la Résidence. On passe sur le spectacle lui-même, bon enfant, mais de qualité, en disant seulement qu'on a passé un bon moment et pris des photos de la salle.

Theâtre Cuvilliés

Nous joignons la photo de la plaque marquant l'emplacement de la villa occupée par Wagner dans la Briennerstraße, en face de la Lenbach Haus.

Briennerstrasse 37

 

Le lendemain, le temps pluvieux persistant nous a incité à aller au cinéma pour suivre la retransmission, en léger différé, des Maîtres Chanteurs, spectacle d'ouverture du Festival de Bayreuth, dans une mise en scène de Barrie Kosky. Le "concept" était double : insister sur l'investissement personnel de Richard Wagner dans ses personnages (à la fois Sachs, Walther et même plus douteusement David) et aussi étaler des allusions plus ou moins fines sur l'antisémisme proto nazi dont s'est rendu coupable l'auteur de l'ouvrage. Nous ne voulons pas rendre compte du résultat en imitant les circonlocutions douteuses, façon danse du ventre, des critiques plus ou moins professionnels qui n'ont pas forcément apprécié mais qui n'osent pas le dire. 

Maitres au cinéma

Le permier acte, dans la salle de Wahnfried, où les personnages sont Wagner, Cosima, Liszt, Hermann Levi (allez savoir pourquoi !) est assez virtuose théâtralement, on pourrait dire cinématographiquement, ce qui fait que la musique y prend des allures de musique de film et que la performance de l'orchestre de Philippe Jordan passe à peu près inaperçue. Le deuxième acte est bâtard, et le troisième (dans la salle du tribunal de Nuremberg) est carrément raté.

Côté chanteurs, avec les réserves qu'impose la retransmission télé, il n'y a que des éloges à adresser à Michael Volle (Sachs), Johannes Martin Kränzle (Beckmesser), Daniel Behle (David) et Klaus Florian Vogt (Walther) avec les réticences habituelles pour ce dernier. Mais l'erreur de casting monumentale est l'Eva d'Anne Schwanewilms, coquette minaudière et largement sur le retour, peut-être proche d'une Cosima de pacotille mais totalement hors d'état pour incarner la jeune fille amoureuse, innocente mais passionnée, rouée mais pure et fraîche. Sur le plan vocal, elle est tout aussi insuffisante et on se perd en conjectures sur le choix de cette artiste dont on a pu naguère apprécier les qualités.

Remarques annexes : la belle salle de cinéma où nous étions n'était remplie qu'à 25-30%. Pendant les entractes, nous avons eu droit à quelques interventions d'une triste banalité et nous avons pu constater que le présentateur allemand était aussi niais et incompétent que ses collègues français.

Le jour d'après, direction Bayreuth où, à Wahnfried, Oswald Georg Bauer présentait son dernier ouvrage sur Wieland Wagner. Nous avons revu avec plaisir celui dont nous avions fait la connaissance il y a quarante ans à l'époque de la rédaction des "Rendez-vous wagnériens" alors qu'il dirigeait le bureau de presse du Festival. A cette présentation assistaient les trois enfants de Wieland : Wolf-Siegfried; Nike et Daphné (Iris est décédée en 2014).

Le musée présente une exposition didactique très documentée sur le travail de metteur en scène de Wieland en cette année du centenaire de sa naissance.

naissance de Wieland

 

 

Meistersinger 1956

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Costumes 1

costumes 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la salle des trésors de Wahnfried, sont présentés les originaux des travaux de préparation du poème et de la musique des Maîtres Chanteurs ainsi que le manuscrit de la partition définitive prêtée par le Musée National Germanique de Nuremberg à l'occasion de la nouvelle production du Festival.

Partition manuscrite

 

Notre petit circuit nous a fait repasser au bord du lac de Zurich pour notre visite annuelle d'amitié à Christine Wille dans sa belle propriété de Mariafeld.

Nous avons terminé à Mornex en Haute-Savoie où Wagner séjourna en 1856 pour soigner son érésypèle (voir "Un patient nommé Wagner" de Pascal Bouteldja p.88-93) et y photographier l'inscription fameuse sur le Pavillon des glycines. Dans le voisinage, l'établissement de soins du Dr. Vaillant a maintenant fait place à une construction luxueuse, propriété bien gardée d'une altesse orientale.

Maison de Mornex

Plaque sur la maison de Mornex

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi va la vie... wagnérienne... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


13 juillet 2017

Jetzt soll ich Sie befragen !

Depuis plusieurs années, je m'étonne et je me réjouis que des lecteurs américains constituent une part importante des visiteurs de mon blog.

Mais, depuis le début du mois de juillet leur nombre et leur proportion ont considérablement augmenté.

Chers amis wagnériens des Etats-Unis, si quelques uns d'entre vous pouvaient m'adresser un petit message d'explication, cela me ferait plaisir et contenterait ma curiosité.

Merci d'avance.

Chantal Perrier : c-perrier@wanadoo.fr

Tête américaine

 

 

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03 juillet 2017

LONGUEURS ET COUPURES WAGNERIENNES

Dans la brouette des lieux communs en matière d'opinions musicales, il est d'usage d'y déposer les encombrantes longueurs des ouvrages de Richard Wagner. Le terme regroupe en réalité des remarques de deux ordres :

- Premièrement, cela correspond au fait que la durée  de ces oeuvres est en général supérieure à celles de la plupart des opéras du répertoire. Ce qui n'est pas sans conséquences pratiques. Par exemple, il faut commencer la soirée plus tôt pour ne pas qu'elle finisse trop tard et fasse rater le dernier métro ou tramway. Le phénomène est aggravé du fait que, vue la longueur, le spectateur peut éprouver une sensation de faim, et qu'il faut prendre des dispositions pour assouvir cette faim, ce qui inévitablement entraîne un allongement de la durée des entractes. A ce propos, il faut souligner les difficultés auxquelles peut être confronté le personnel chargé de la restauration, vu que Richard n'a pas donné de consignes métronomiques. Ainsi, pour le premier entracte de Parsifal à Bayreuth, les personnes chargées de préparer les saucisses grillées voient leur programme de travail complètement bouleversé selon que c'est Pierre Boulez ou James Levine qui opère dans l'abîme mystique.

les saucisses à Bayreuth 1

Deux cartes de Matthias Ose

les saucisses à Bayreuth 2

Une solution radicale pour obvier à une durée jugée excessive a longtemps été, aux temps plus ou moins héroïques du wagnérisme, d'opérer des coupures avec une ardeur telle que l'opération ne relevait pas de la chirurgie mais plutôt de la charcuterie.

Wagner muet

De nos jours, la vogue des ces pratiques semble révolue et ne subsiste guère qu'en cas d'incapacité manifeste d'un interprète (à moins qu'il s'agisse du diktat iconoclaste d'un metteur en scène) ou, cas particulier, de manière justifiée dans Rienzi, oeuvre qu'on peut qualifier de pré-wagnérienne et pour laquelle l'auteur lui-même estimait nécessaire de procéder à des "allègements".

Beaucoup plus contestable est l'attitude de Wieland Wagner qui, au début des années soixante, procéda à un mixage mutilant sur Tannhäuser.

On ne parle pas bien sûr des versions abrégées du genre "Ring in einem Abend"

Cependant, deux amputations sont couramment pratiquées au point qu'on en fait plutôt la remarque a contrario quand le passage est effectivement joué : c'est premièrement la partie du duo du deuxième acte de Tristan dissertant sur l'éclat trompeur du jour et précédant l'invocation à la nuit. Deuxièmement, il s'agit de l'ensemble vocal qui suit le récit du Graal avant le retour du cygne de Lohengrin.

La coupure de Tristan a pour but de ménager un peu les chanteurs, en même temps que la capacité d'endurance du public; mais Bayreuth et d'autres grandes scènes refusent cette mutilation.

La coupure de l'ensemble de Lohengrin (à ne pas confondre avec la suppression de la deuxième partie du récit du Graal que Wagner lui-même décida avant même la création de l'ouvrage), est maintenant d'un usage généralisé même à Bayreuth ; c'est vrai que cet ensemble nuit à l'intensité dramatique, qu'il accentue le côté opéra conventionnel et de plus son texte contient quelques vers bellicistes embarrassants.

 

 

Lohengrin sans coupures

Lohengrin avec coupures

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- La deuxième acception

 du terme "longueur" ( que l'on emploie plutôt au pluriel) concerne des passages où l'intérêt du spectateur faiblit. Difficile de dire si c'est l'auteur qui abuse de la constante attention du public ou si c'est celui-ci qui se désintéresse du sujet. Les anecdotes sont bien connues allant du vénérable aristocrate qui n'oublie jamais son monocle pour être sûr de ne dormir que d'un oeil au premier acte de Parsifal, à ce très respectable spécialiste qui proteste contre de prétendues coupures pratiquées alors qu'il s'était tout simplement assoupi. Celui qui prétend n'avoir jamais été la proie de ce genre de défaillance ne doit pas avoir une longue expérience wagnérienne à moins que ce soit tout simplement un menteur...

Bzzzz couleur

 

 

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Un cas très spécial est celui du deuxième acte de la Walkyrie "un bourbier d'horreurs et de sublimités" comme le qualifiait Wagner. Chaque passage, chaque scène considérée séparément, se présente comme un sommet de l'art dramatico-musical : le prélude et les appels de Brünnhilde, le dialogue Wotan-Fricka, les récits terribles du dieu, le désarroi des jumeaux en fuite, la sublime annonce de la mort, la violence déchaînée du final. Tout cela ne dure guère plus d'une heure, mais le spectateur en ressort épuisé ; c'est en tout cas ce que j'ai maintes fois éprouvé.

La longueur, la densité des drames wagnériens, surtout des oeuvres de maturité (tant redoutées des musiciens d'orchestre qui réclament des compensations à leur employeur) fait que dans un sens opposé on en arrive à trouver que le Vaisseau Fantôme est bien court et qu'on s'indigne à bon droit de versions de concert qui se limitent à un acte de tel ou tel ouvrage.

Certains spécialistes se penchent gravement sur les questions chronométriques, à savoir quelle est l'oeuvre ou quel est l'acte le plus long en comparant les versions dirigées par les grands chefs d'orchestre. Les spécialistes en question s'attardent beaucoup plus rarement sur les oeuvres wagnériennes les plus courtes. Et pourtant, ce serait une preuve supplémentaire de l'adage selon lequel "qui peut le plus peut le moins"  (même si ce n'est pas forcément le meilleur !). La réponse se trouve dans la consultation du répertoire Wagner Werke Verzeichnis : la Polka pour piano WWV84 dure 30 secondes et peut aller jusqu'à 45 si on prend un tempo ultra langoureux ; elle mérite, ex-aequo, la cocarde de la pièce la plus brève avec WWV101, l'Hymne pour les pompiers allemands qui s'exécute lui aussi en une demi-minute par un choeur d'hommes a cappella.

Polka partition

Wahlspruch

Wagner, plus ou moins inconsciemment, emporté et exalté par ses sujets les a développés avec une ampleur, une fougue et une densité à nulles autres pareilles : ainsi Tristan devait être une pièce simple, facile à monter par les théâtres ; les Maîtres Chanteurs, une comédie aimable et bourgeoise : et ce sont sûrement, même si c'est pour des raisons différentes, les deux oeuvres les plus redoutables à monter au théâtre, surtout si on veut que la production soit à la hauteur, c'est-à-dire à leur hauteur. 

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12 juin 2017

LOHENGRIN A SAINT-ETIENNE

Notre Cercle lyonnais avait rassemblé 39 participants pour la dernière réunion de la saison qui était un déplacement à Saint-Etienne pour assister à un Lohengrin prometteur.

Après un rapide et agréable voyage, le bus nous a déposé à l'hôtel Mercure avec un peu d'avance sur l'horaire prévu, ce qui a donné lieu pour certains à une explication frénétique au baby foot. 

Une partie de baby foot

Ambiance détendue et repas excellent.

Un agréable repas 1

Un agréable repas 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un agréable repas 3

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre président

Et en route pour le théâtre. Avant d'y pénétrer, nous avons pris le temps de nous rassembler pour la traditionnelle photo de groupe.

Photo souvenir

L'intérieur de la salle sobre et spacieuse rallume quelques sentiments d'envie chez des lyonnais qui ne se sont pas encore faits au charme de leur opéra Nouvel.

Puis changement d'atmosphère quand au début du sublimissime prélude, le metteur en scène fait ouvrir le rideau pour nous offrir un petit mimodrame de son cru : on est alors à peu près certain qu'on va devoir subir une avalanche de cuisteries. Le dénommé Désiré va en déverser à pleines louches tout au long du spectacle. Il n'est pas question d'en faire le catalogue, mais on peut signaler, à titre d'exemples : les apparitions répétées et intempestives d'un éphèbe enfariné et hagard, censé représenter le malheureux Gottfried ; la situation inconfortable du chevalier au cygne affublé d'un manteau grotesque et qui ne parvient pas au cours des trois actes à se procurer une paire de chaussures ; le lit nuptial vertical très astucieux pour autoriser les ébats amoureux des jeunes mariés tout en dissimulant aux spectateurs la partie inférieure de leur anatomie. Le contre-sens et le mauvais goût culminent au début du troisème acte où on nous donne à voir le couple Telramund se bécotant avec insistance tandis que résonne la musique de fête.

Il y eut quand même du positif dans ce spectacle, notamment au niveau de la distribution vocale. Les responsables ont eu une sacrée chance en trouvant un remplaçant pour le rôle titre de la qualité de Nikolai Schukoff, sans conteste un des meilleurs interprètes actuels : voix claire, vaillante et musicale dont on regrette seulement une émission un peu monotone. L'Elsa de Cécile Perrin, hésitante au premier acte, se reprend brillament par la suite malgré certains aigus criés. Bonne interprétation d'Ortrud par Catherine Hunold avec des belles notes éclatantes mais aussi certains passages quelque peu gommés. Les autres interprètes masculins restent dans une honnête moyenne avec toutefois un Telramund rugueux et mal assuré. Les choeurs, contraints à des mouvements stéréotypés, sont vocalement d'un bon niveau.

Nicolas Cavallier, le roi Henri et Gottfried

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nikolai Schukoff, Lohengrin et Catherine Hunold, Ortrud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Laurent Alvaro, Telramund et Cécile Perrin, Elsa

On n'attendait pas de miracle de l'orchestre, mais on espérait que ce Lohengrin donnerait lieu à une belle performance sous l'influence d'un chef enthousiaste qui galvaniserait ses troupes. Il n'en fut rien : Daniel Kawka s'est contenté d'une mise en place honnête mais sans raffinement.

Malgré tout cela, malgré les tourments et les outrages qu'ont eu à subir les mânes de Richard Wagner indignement maltraités, le public a réservé un accueil très favorable à ce spectacle. On peut se demander les raisons de cette bienveillance. Mais c'est peut-être aussi une sorte de question interdite qui contient en elle une bonne partie de la réponse.

 

 

 

fin

 

 

 

 

 

 

 

 

08 juin 2017

UNE TRILOGIE POUR PENTECÔTE

Après la trilogie pascale de Chemnitz, nous nous étions organisé une autre trilogie pentecôtière au voisinage du Rhin comportant trois étapes : Baden-Baden, Mannheim et Wiesbaden, périple qui se plaçait sous le signe de la diversité avec une version de concert, une scénographie ultra-traditionnelle et une mise en scène trash.

Samedi, le Festspielhaus de Baden-Baden donnait un Rheingold en concert avec un plateau cinq étoiles : l'Elbphilharmonie de Hambourg dirigée par Marek Janowski et un ensemble de solistes de très haut niveau. L'Or du Rhin convient particulièrement bien au glorieux vétéran Janowski, plus analytique que lyrique, servi par un orchestre parfait avec tout ce qu'il faut d'accessoires indispensables : les enclumes et leur groupe de frappeurs et la plaque métallique que l'interprète de Donner frappe lui-même avec son marteau. Parmi les solistes, tous d'une qualité remarquable, trônait le Wotan grandiose, imposant, magnifique de Michael Volle. A ses côtés, Johannes Martin Kränzle était un Alberich pathétique, Markus Eiche un Donner impérieux, Daniel Behle un Loge élégant. Les dames, moins sollicitées, tinrent leurs parties à la perfection, notamment Katarina Karneus (Fricka) et Nadine Weissmann (Erda). Ce fut vraiment un grand moment de jouissance musicale, d'émotion et de poésie wagnérienne que le public honora avec enthousiasme. On ne peut s'empêcher de regretter que certains de ceux qui se disent wagnériens boudent ces versions de concert et préfèrent se ruer sur des productions scéniques frelatées, mieux à même d'exciter leur imagination.

Marek Janowski

Solennité pour le dimanche de Pentecôte avec le fameux Parsifal que le Théâtre National de Mannheim donne régulièrement depuis 1957 ! Depuis 60 ans donc; c'était la 138ème représentation et il y en aura d'autres à venir. C'est une mise en scène typique de ce qu'on voyait dans les années 50 et 60, dans l'esprit de dépouillement et de solennité impulsé par Wieland Wagner. C'est évidemment à recommander fortement aux amateurs dont le goût a été formé exclusivement dans la matrice du Regietheater.

Parsifal Mannheim

Le revers de la médaille est qu'une inévitable routine n'a pas manqué de s'installer au fil de ces six décennies. Mais qu'importe, il est réconfortant de pouvoir vivre l'Enchantement du Vendredi Saint dans son émouvante authenticité et d'avoir même droit à l'apparition de la colombe dans le tableau final !

Tableau final de Parsifal

Sur le plan de la qualité de l'interprétation, le plateau de Mannheim ne pouvait prétendre rivaliser avec celui de Baden. Et, même en se tenant à Parsifal, il n'a pas atteint l'engagement et l'enthousiasme que nous avions tellement appréciés à Chemnitz. Les deux protagonistes, Frank van Aken et Heike Wessels, malgré d'incontestables qualités vocales, se révèlèrent empruntés et trop dépendants du chef d'orchestre. Gurnemanz trouva un bon interprète en Sung Ha et Klingsor fut incarné avec une présence vocale remarquable par Joachim Goltz. L'orchestre, excellent, était conduit avec un enthousiasme presque excessif par le jeune Alexander Soddy.

Klingsor Kundry et Parsifakl

Alexander Zoddy

A signaler que le théâtre de Mannheim, construit dans les années 50, est certainement dans son aspect extérieur, ce qui a pu se faire de plus hideux (contrairement à une opinion trop répandue, la laideur la plus plate n'est pas du tout une exclusivité des pays dits "de l'est") ; heureusement l'intérieur est plus accueillant.

En direction de Wiesbaden, nous avons fait une petite halte à Worms pour saluer Luther, l'homme de l'année, mais surtout Siegfried, le héros du jour pour nous qui allions voir le Götterdämmerung donné dans le cadre du festival annuel d'opéras du Hessischer Staatstheater.

Monument à Luther

Fontaine de Siegfried

 

 

 

 

Fontaine des Nibelungen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux "grosses pointures" étaient à l'affiche : Evelyn Herlitzius et Andreas Schager, mais on redoutait un peu la mise en scène d'Uwe-Eric Laufenberg dont on avait déjà "apprécié" la manière dans sa Walkyrie au théâtre de Linz en 2014. Après une belle scène des Nornes, nous avons assisté à une terrible démonstration de "bell-canto" dans le duo des adieux au cours duquel les interprètes devaient se livrer à des jeux de scène d'une méprisable vulgarité : toilette de Siegfried au rasoir électrique, embrassades poussées avec sa compagne en peignoir, départ avec le sac à dos, retour obligé pour cause d'oubli de l'épée, toute une panoplie d'élégantes finesses dans le genre "plus belle la vie". L'impression pénible de déjà vu se confirmait ensuite avec les ébats érotiques du couple incestueux des Gibichungen, les choristes casqués et pourvus de mitraillettes alors que Hagen s'obstinait à brandir son épieu. L'imagination de Laufenberg continuait à puiser dans les raclures du Regietheater avec l'apparition des Filles du Rhin en collants à résilles dans un bar glauque à l'enseigne "zum Rheingold". Malheureusement cette accumulation de poncifs et de déchets ne fait qu'accentuer le côté rocambolesque, voire abracadabrantesque de l'intrigue et enlève toute noblesse au personnage équivoque de Siegfried réduit aux dimensions d'une petite frappe, d'un loulou niais et grossier. Trahissant honteusement le texte et les indications scéniques à la fin du premier acte, Laufenberg oblige le héros à s'allonger entre les jambes écartées de Brünnhilde inconsciente : on est en pleine grandeur tragique ! Certains apprécieront peut-être, mais pas nous.

Brünnhilde de Evelyn Herlitzius

Siegfried d'Andreas Schager

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La musique souffre aussi de ces agressions scéniques continuelles. On s'habitue progressivement au chant hurlé de Schager et Herlitzius dont on salue finalement avec respect l'endurance et l'énergie impressionnantes. Le Hagen de Shavleg Armasi est remarquable plus par sa belle voix que par sa force dramatique, et Bernadett Fodor s'impose dans le récit de Waltraute en dépit d'un physique impossible. Le chef Alexander Joel dirige avec placidité mais efficacité un excellent orchestre. Dommage, car avec un tel ensemble on aurait pu avoir une très belle version de concert !!

Alexander Joel

Pour terminer ce message, nous rapportons l'information de notre ami Thomas Krakow selon laquelle Lohengrin va être donné  au Théâtre National de Prague, les 8, 10, 14 et 17 juin dans la mise en scène bayreuthienne de Wolfgang Wagner datant de 1967 reprise par Katharina Wagner et dont 8 représentations sont prévues au cours de la prochaine saison. Nous voulons y voir un beau geste d'attachement filial auquel il convient de rendre hommage. L'émergence répétée de ces "revivals" sur différentes scènes est-elle l'annonce d'un changement de mode, d'un déclin des charlatans provocateurs, d'un crépuscule des idoles de bastringue ? Wer weiss wie das wird ?

Lohengrin Bayreuth 1967

 

 

 

 

 

 

21 mai 2017

22.05.

Leipzig 204

22 mai 2017

 

 

 

 

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