La vie wagnérienne

22 mai 2022

22 MAI : PORTRAIT DE RICHARD WAGNER PAR ÉDOUARD SCHURÉ

 

22 Mai

 

bustes cadre

Le front bombé de Beethoven à la force de Prométhée et la candeur de l'enfant. Celui de Richard Wagner, moins harmonieux et plus colossal, produit un effet très différent. Il monte abrupt, inabordable et audacieux comme le front du Wetterhorn chargé d’orages. Ce front étrange et superbe inspire au premier abord une admiration mêlée d'une sorte d'effroi. On se trouve en présence d'un esprit supérieur créé pour défier les obstacles et pour remuer les hommes. On sent aussi qu'il ne saurait vous accepter comme son semblable et ne vous laissera pas monter aux âpres et derniers sommets de sa pensée. La force, la révolte et la magie siègent sur ce front. On y lit en caractères indélébiles : Guerre à mon siècle ! Sous sa masse énorme luisent des yeux d'un bleu clair, profonds et petits. D'habitude le regard est humide, lent, fixe, magnétique. Mais souvent il vous arrive à l'improviste, droit comme un éclair, et vous transperce de part en part. Il est très difficile de le soutenir alors, tant il surprend et déconcerte. Tantôt il nage dans une exaltation mystique et verse un fluide tendre, tantôt il lance tous les feux de la passion, de la volonté et du génie. Le visage buriné en lignes marquantes, est maigre, d'une pâleur changeante qui, sous le jet de l'indignation ou de l'enthousiasme, se colore en un clin d’œil. Le nez est recourbé, dominateur ; la bouche rentrante ; les lèvres, minces et fines, respirent tour à tour ou à la fois le désir inassouvi et l'ironie pénétrante. Le menton, saillant et pointu, est empreint d'une formidable énergie. Tout le bas du visage, creusé de traits anguleux, est travaillé et tourmenté par les passions. Mais quelles que soient les émotions subtiles ou redoutables qui l’agitent, toujours il est comme surplombé et royalement dominé par ce front où réside un vaste et splendide génie. Ce contraste donne à cette tête son caractère unique et grandiose. Quiconque l'a entrevue ne saurait l’oublier. Son expression habituelle est le défi, son caractère dominant, la puissance et la témérité. Placer-là devant le mur des Alpes, elle aura l'air de dire en le mesurant du regard : J'y monterai ! La tête de Goethe semble penser, dans son calme olympien : Je voudrais m'asseoir au sommet du monde et le contempler en paix. Celle-ci semble dire : Je voudrais le bouleverser et le rebâtir de fond en comble.

Edouard Schuré

Richard Wagner, Son Oeuvre et son Idée

 

22 mai

 

 

 

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13 février 2022

LE NUMERO 13 DANS LA VIE DE RICHARD WAGNER

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En ce 13 Février, date tristement connue de tous les wagnériens, revenons sur le nombre 13 si étrangement récurent dans la vie de Richard Wagner.

Tout amoureux du Maître sait qu’il est né en 1813 (la somme des chiffres de 1813 est égale à 13). Le nom Richard Wagner contient 13 lettres. Le compositeur a écrit 13 opéras, terminant le 13ème un 13 janvier, exactement 13 mois avant sa mort le 13 février.

En considérant les occurrences du nombre 13, il semblerait qu’il n’apparaisse que dans des circonstances toujours tristes ou désagréables pour notre cher Richard. 1813, année de sa naissance fut certes heureuse pour nous wagnériens, bien qu’elle fût pour Richard celle de la mort de son père… Au moment où Wagner atteignit sa 13e année, sa sœur Rosalie contracta un engagement au théâtre de Prague, sa mère et ses sœurs l’accompagnèrent, le laissant tout seul à Dresde… En 1849, lors de la révolution de Dresde, quittant son ami Röckel pour se rendre à l’hôtel de ville, il ne se doutait pas qu’il ne le reverrait que 13 ans plus tard. En effet, Röckel fut arrêté, d’abord condamné à mort, puis emprisonné à perpétuité et finalement relaxé 13 ans plus tard… Richard Wagner lui, fut contraint de quitter son pays, il s’installa en Suisse, cet exil dura 13 ans. Son petit chien Peps avait 13 ans, quand après quelques heures d’agonie, il s’affaissa sur son coussin. Pour montrer à quel point Wagner était sensible aux signes du destin, lorsque son dévoué petit compagnon trépassa, il remarqua qu’il était 1h10 du matin, le 10 juillet. Lors d’une excursion à Brunnen sur le lac des Quatre-Cantons, où il emmena son hôte le ténor Tichatschek, Wagner attrapa une 13ème rechute d’érésipèle, il en fallait bien une mais celle-ci, dit-il, fut d’autant plus douloureuse que, pour ne pas gâter le plaisir de son ami, il prolongea cette excursion…

En 1860, il y eut un dîner de douze couverts à l'Altenburg, grande villa d’habitation de Franz Liszt et de la Princesse Caroline von Sayn-Wittgenstein à Weimar. Outre les personnes déjà invitées, Liszt avait amené Wagner. Les dames découvrirent avec effroi le nombre malheureux de treize, en conséquence, l'un des invités disparut afin de n’affoler personne. Le lendemain, douze personnes furent à nouveau invitées et un treizième inattendu les accompagna mais Wagner déclara que plus personne ne devait disparaître en s’écriant « Laissez-moi être le treizième ! ».

Mais le 13 ne le laissa pas tranquille pour autant. La fameuse représentation du Tannhäuser à l’Opéra de Paris se tint le 13 mars 1861 et ce fut loin d’être un triomphe… L’opéra fut repris à Paris le 13 mai 1895.

En décembre 1869 cependant, Wagner écrit à Edouard Schuré que cette année a été la plus heureuse de sa vie, car elle lui a apporté l'union avec Cosima et la naissance d'un fils. Ce bonheur s’entend dans la musique optimiste de l'acte III de Siegfried, une composition que Wagner reprend en mars 1869 après une interruption de 13 ans.

Alors que Wagner se trouve en Italie, heureux de profiter d’un beau soleil dans un ciel d’azur, il écrit au Roi Louis II de Bavière que Palerme ne compte en moyenne que 13 jours sans soleil par an. Pourquoi éprouve-t-il le besoin de lui préciser cela ? C’est en tout cas en Italie que Wagner fêta son 67ème anniversaire et il semblerait que Wagner ait appris à se méfier de ce nombre qui ne lui avait pas toujours porté chance, car contrairement aux dîner à l’Altenburg, en 1880, Wagner refusa qu’il y ait 13 convives pour son repas d’anniversaire, avançant que celui à qui les étoiles s’étaient montrées aussi favorables avait le droit d'être un peu superstitieux. Un quatorzième fut donc invité. Wagner ne se laissa pas pour autant dissuader, dans son discours de fête, de vanter les mérites des "treize", qui étaient réunis autour de lui en tant que quatorzième. Il y tint alors un petit discours sur le nombre 13, son année de naissance, ses 13 opéras et enfin les 13 soleils qu’il avait dernièrement vu en rêve.  Richard Wagner expliqua alors pourquoi il était désormais superstitieux, il ne voulait pas défier le bonheur ! Il nomma alors le chiffre 7 comme celui qui représentait tout pour lui, les cinq enfants, Cosima et lui-même.

Après cette déclaration, nous pouvons nous estimés heureux que Wagner n’ait pas poussé la superstition jusqu’à refuser de composer son treizième opéra !

En ce 13 Février, nous pouvons songer aux neuf Walkyries, aux sept compositions pour le Faust de Goethe, aux cinq Wesendonck-Lieder, aux trois filles du Rhin ainsi qu’aux trois nornes, aux deux corbeaux de Wotan et aux deux grenadiers, mais surtout, en ce jour, ayons tous une pensée pour Richard Wagner, qui lui, est unique.

 

RW

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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17 janvier 2022

LE WAGNER DE CLAUDIO ABBADO

Les membres du Cercle Richard Wagner-Lyon se sont retrouvés ce dimanche 16 janvier à l'Hôtel Sofitel Lyon-Bellecour, pour leur première réunion de l'année 2022, une année qui s'annonce riche en événements puisqu'elle marque le 40ème anniversaire de la création de cette association.

Pour cette première réunion, le président Pascal Bouteldja, avait demandé à l'infatigable "Wanderer", Guy Cherqui, de venir nous parler du grand chef d'orchestre italien Claudio Abbado.

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cherqui

Guy Cherqui commença son exposé destiné à faire comprendre aux auditeurs comment ce grand chef d'orchestre percevait et faisait interpréter par son orchestre la musique de Richard Wagner en présentant le chef d'orchestre mais aussi l'homme qu'il était. Sa méthode de travail consistait à répéter longuement avec ses musiciens sans pour autant leur livrer beaucoup d'informations. Il illustra son propos en faisant écouter des enregistrements rares, issus souvent de collections privées, corroborant ses propos et permettant d'apprécier les grandes qualités et l'originalité de ce chef, plein de sensibilité, et cependant assez peu connu dans le registre wagnérien.

Il faudrait ajouter que Claudio Abbado ne dirigea jamais à Bayreuth et qu'il se focalisa essentiellement sur trois oeuvres : Lohengrin, Tristan et Isolde et Parsifal, trois oeuvres dont le côté mystique le fascinait.

Une très belle intervention de Guy Cherqui, riche de détails de toutes sortes. Le public, conquis, manifesta sa satisfaction au conférencier par de très vifs applaudissements.

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A l'issue de cette brillante présentation, les membres ont pu acquérir la "Wagner Revue", reprenant les exposés présentés lors de la Journée Wagnérienne de Lyon. 

 

 

 

 

 

 

 

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02 janvier 2022

BONNE ANNEE 2022

La Vie Wagnérienne remercie ses fidèles lecteurs 

et leur souhaite

UNE BONNE ANNEE

 

Festspielhaus noel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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01 décembre 2021

LA JOURNEE WAGNERIENNE DE LYON

Ce dimanche 28 novembre, les membres du Cercle Richard Wagner-Lyon se sont retrouvés à l'Hôtel Sofitel Lyon Bellecour pour leur traditionnelle journée d'étude intitulée "Journée Wagnérienne de Lyon", sur le thème : Wagner et Beethoven.

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Au programme, outre des exposés présentés par les membres du Cercle, une conférence plus conséquente par Christophe Corbier.

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Ce fut notre infatigable secrétaire Bernard Reydellet, toujours prêt à nous faire partager ses trouvailles, qui débuta la matinée avec un sujet intitulé : "De l'Ode à la Joie à la Péroraison de Brünnhilde" : deux faces du romantisme allemand. Il nous montra la similitude existant entre l'Ode à la Joie qui termine la Neuvième Symphonie de Beethoven et la Péroraison de Brünnhilde qui conclut l'Anneau du Nibelung. Par une démonstration de haut niveau, il expliqua au public comment ces deux génies, par leurs capacités exceptionnelles mais différentes, furent capables d'emprunter plus ou moins consciemment la même "Voie de Lumière". Une belle présentation qui fut chaleureusement applaudie par le public.

 

 

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Après cet exposé, changement d'atmosphère avec une conférence intitulée : "Beethoven, Wagner et Wilhelmine Schröder-Devrient" par Eva Perrier. Une femme pour parler d'une autre femme, une grande cantatrice qui avait le pouvoir d'envouter le public par ses multiples qualités d’interprète peu communes pour l’époque. Elle rendit célèbre Fidelio, le seul opéra de Beethoven et subjuga le jeune Wagner par son émouvante interprétation de Leonore, lui permettant de comprendre quelle était la mission artistique de sa vie. Eva Perrier nous conta avec sensibilité la rencontre de cette femme avec les deux compositeurs, accompagnant son exposé de projections parfois pleines d'humour. Une belle présentation qui remporta, elle aussi, l'adhésion du public et entraina de très vifs applaudissements.

 

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Ce fut Christophe Corbier, remarquable conférencier, toujours accueilli avec enthousiasme par les adhérents du Cercle Wagner de Lyon, qui termina la matinée avec une magnifique intervention sur le texte ardu de Wagner intitulé Beethoven que le Maître de Bayreuth avait écrit à l'occasion du centenaire de la naissance du grand compositeur. La terrible compexité de cet écrit fait que beaucoup de ceux qui en ont entamé la lecture ne sont pas toujours aller jusqu'au bout. Il était donc très important que ce texte plein de richesses et de finesses puisse être expliqué en profondeur et avec précision et c'est ce qu'a brillament réalisé Christophe Corbier. Les auditeurs ont été impressionnés par tant de culture et une telle capacité d'analyse. Le public, ayant réussi à percevoir le sens profond de ce texte malgré sa complexité, a manifesté sa reconnaissance au brillant conférencier par des applaudissement soutenus et bien mérités.

 

 

Après une matinée aussi riche, quoi de mieux pour se détendre et échanger que de se retrouver autour d'un buffet...

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L'après-midi débuta avec Nicolas Crapanne dont l'intervention sortait du cadre des exposés de la journée, car elle était destinée à présenter le travail qu'il vient de réaliser avec trois collaboratrices, à savoir la traduction du "Carnet Brun" de Richard Wagner, travail très important, accompagné de commentaires qui sera publié aux éditions Gallimard en 2022. Ce carnet, offert à Richard par Cosima pour qu'il puisse y noter ses états d'âme alors qu'ils seront séparés, restera précieusement, bien après leur union, le confident de Wagner qui l'utilisera toute sa vie. Une brillante et émouvante présentation, suivie de la diffusion du film documentaire réalisé par Nicolas Crapanne, qui tout en nous présentant le contenu de ce précieux ouvrage, nous en a montré des images inédites, grande première qui fut saluée par des bravos bien mérités.

 

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Après cette intervention, Marc Adenot nous parla de "L'affaire de la Symphonie perdue". Il s'agit de la partition d'une symphonie que le jeune Richard Wagner avait envoyée à Mendelssohn qu'il admirait, en pensant que celui-ci l'encouragerait sans doute à poursuivre sa carrière de compositeur. Mais il n'eut jamais aucune réponse et la partition disparut. C'est avec une grande clarté et beaucoup de talent que Marc Adenot nous expliqua les relations compliquées entre ces deux hommes. Une très belle analyse, précise et convaincante faite avec beaucoup de tact et de finesse. Un magnifique exposé qui remporta, lui aussi, les approbations d'un auditoire visiblement conquis.

 

 

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C'est Pascal Bouteldja, notre président, qui clôtura la journée en parlant de "La transcription pour piano de la Neuvième Symphonie par le jeune Wagner". Il évoqua le travail du compositeur débutant, ses demandes et envois réitérées à l'éditeur Schott qui conserva ce travail et le rendit bien plus tard à Wagner. Pour agrémenter ses dires, Pascal Bouteldja fit entendre la transcription pour piano du final de cette symphonie par Wagner puis par Liszt ainsi que des extraits symphoniques de cette Neuvième Symphonie, notamment un enregistrement avec réorchestration par Gustav Mahler. Une belle prestation qui mit un point final à cette journée d'étude consacrée aux deux grands héros de la musique que sont Wagner et Beethoven.  

 

 

 

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27 septembre 2021

WAGNER ET LA REVOLUTION

 

Le Cercle Richard Wagner-Lyon ayant repris ses activités, les adhérents se sont retrouvés, en ce week-end des 25 et 26 septembre, à l’Hôtel Sofitel Lyon Bellecour pour deux journées consacrées à un thème percutant : « La Révolution de 1848 ».

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Au programme, trois grands conférenciers : Jean Philippe Rey, Christophe Corbier et Dorian Astor.

Le premier conférencier, de ce samedi 25 septembre, fut l’historien Jean Philippe Rey,  qui disserta sur ce que l’on appelle : « Le printemps des peuples »

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« Le printemps des peuples » est considéré comme une vague de révolutions allant de février à juillet 1848 suivie de répression jusqu’en 1849.

Ce qui caractérise cette vague révolutionnaire est sa simultanéité en Europe, sachant cependant que le phénomène a été différent dans chaque pays d’Europe. En outre, on peut dire qu’elle ne s’est pas déroulée uniquement durant les années 1848 et 1849, bien que ce furent les plus difficiles, mais que globalement elle s'est étendue de 1846 à 1854.

Le contexte en est une crise économique, due à une révolution industrielle, ayant entraîné  chômage, famine et mécontentement général. Toutefois, elle correspond également à une aspiration plus romantique de l’homme désireux d’être plus heureux.

Toutes ces révolutions ont été autonomes, même si le mouvement a débuté en France.

- En effet, la France est à l’origine de ce mouvement qui est dû à un malaise moral et social accompagné d’une crise économique et d’un scandale politico-financier.

L’évolution est extrêmement rapide avec des changements de régimes, la mise en place d’un suffrage universel. Ce mouvement libéral sera toutefois suivi d’un deuxième mouvement dans lequel le peuple réclame des avancées sociales.

- Après l'Autriche, dirigée par Meternich, l’agitation touche la Hongrie, se pose alors la question de l’égalité entre les peuples germaniques et non germaniques. 

- En Italie le mouvement se développe rapidement dans tout le pays. Les autrichiens sont chassés mais ils reprennent l’Italie et la répression est sévère. Cependant, le peuple italien réagit et revendique l’indépendance. Les chœurs de Verdi servent alors d’hymne national.

- L’Allemagne n’a pas une réelle identité politique mais est composée d’un ensemble de peuples parlant allemand. La Prusse se présente comme le leader capable de réunir ces différents pays allemands, et veut servir de guide. Les modérés proposent un programme basé sur l’unité et la liberté. En Allemagne, le monde paysan joue un rôle important, revendiquant par exemple le droit à la propriété. Beaucoup d’aménagements ont lieu partout sauf toutefois en Bavière. Cependant, la Prusse effrayée par ce désir de liberté matera chaque état qui l’a revendiquée.

Le soulèvement de Dresde des premiers jours de mai 1849 sera très violemment reprimé. Bien que conduit avec un idéal commun le printemps des peuples a finalement été un échec.

Une conférence de haut niveau, qui fut saluée par des applaudissements bien mérités à ce conférencier brillant, clair et tout à fait passionnant.

 

Après Jean Philippe Rey, le Cercle Richard Wagner accueillait Christophe Corbier, très brillant conférencier lui aussi, qui nous montra l’évolution de la pensée chez Wagner vis-à-vis de l'idée de révolution.

Corbier

Sa présentation se composait de trois parties, évoquant trois périodes successives de la vie de Wagner.

- La première partie était consacrée à l’année 1830 et à la Révolution de Juillet qui a provoqué un grand choc chez le jeune Wagner, éveillant sa conscience sur l’importance des faits historiques. C’est avant tout l’idée de liberté, et le besoin de lutter pour cette liberté, qui étaient, à l’époque, primordiaux pour lui. A la fois fasciné et réellement enthousiaste face à la révolution, il éprouvait cependant une aversion contre la réalité révolutionnaire et contre la terreur. Plus tard, en 1839, Wagner entretiendra des relations amicales, artistiques et politiques avec Kietz et Heinrich Heine, la communauté allemande étant très importante dans la capitale française où il se trouvait. Heinrich Laube, qui parlait de révolution politique mais aussi de révolution des mœurs avec liberté dans l’amour, influencera également Wagner et on retrouvera cette idée dans deux œuvres du compositeur : La Défense d’aimer et Tannhäuser. Christophe Corbier nous fit alors écouter Les Deux Grenadiers, un Lied écrit par Wagner sur un texte de Heinrich Heine, traduit en français, où l’on entend le thème de la Marseillaise. Dans ses écrits De la Musique allemande, Wagner considère que l’absence d’un gouvernement central en Allemagne, loin d’être une faiblesse, constitue une richesse. Pour lui, la vitalité et l’avenir de la musique doit se faire par l’union de la France et de l’Allemagne.

- La deuxième partie a été consacrée à la Révolution de Dresde de 1849 autour de la question : comment dissoudre l’Etat, idée que l’on retrouve dans son ouvrage Opéra et Drame. Il fait la connaissance d’Auguste Röckel. S’appuyant sur les écrits de Proudhon, Röckel réussit à gagner Wagner à ses idées révolutionnaires, et crée le journal Volksblätter dans lequel Richard écrira des articles, publiés anonymement, dans lesquels il dénoncera le règne de l’argent réclamant l’émancipation du peuple. Wagner fait aussi la connaissance du révolutionnaire Bakounine, il est fasciné par ce personnage. Après les événements meurtriers de Dresde, il est contraint de se réfugier en Suisse et éprouve une haine pour la civilisation. Chez Wagner apparaît l’idée que l’amour pourrait être la solution pour sauver le monde. Telle Antigone, Brunnhilde est celle qui sauve par amour.

- La troisième partie a été consacrée à la période de 1870-1871 caractérisée par la guerre franco-prussienne. Wagner s’interroge sur le bien-fondé de la dissolution de l’état à laquelle il aspirait des années auparavant. Chez lui, le discours est de plus en plus orienté vers l’esprit allemand, la culture allemande et d’ailleurs il écrit à l’époque Art allemand et Politique allemande. Pour lui, c’est par la réforme du théâtre que l’on arrivera à une société nouvelle et meilleure. Il a abandonné l’idée d’une union entre la France et l’Allemagne. Il écrira d’ailleurs une comédie, La Capitulation, dans laquelle il se moque de la France et de ses dirigeants.

Très belle conférence, difficile à synthétiser en quelques mots seulement mais, qui pour ceux qui n’étaient pas là, vous donnera, je l’espère, une idée de la richesse de cette intervention.

Astor

 

Dorian Astor avait été chargé de conclure ce week-end et il le fit brillamment

Laissant son habit de conférencier pour celui de conteur, il lut différents écrits de Wagner extraits de Ma Vie et de L'Art et la Révolution. Chaque lecture était entrecoupée par l'audition d'un morceau de musique de Wagner, mais aussi de Beethoven avec le final de la Neuvième Symphonie. On peut saluer le choix extrêmement judicieux, aussi bien des textes que de la musique, offrant un enchaînement logique et un spectacle d'une belle unité. 

Que dire de Dorian Astor sinon qu'il fut extraordinaire. Possédant une diction parfaite, le sens de l'interprétation, modulant son propos tant dans la force que dans le rythme, il nous offrit un grand moment de plaisir. De plus, il sut ajouter à sa lecture une profonde émotion qui permit à l'auditoire  de comprendre les propos de Wagner avec plus de profondeur.

La salle lui exprima ses remerciements par une longue ovation.

 

Ce fut un week-end où se cotoyèrent histoire, littérature, poésie et musique. Un superbe moment dont il faut remercier notre président Pascal Bouteldja qui fut enfin récompensé de toutes les difficultés d'organisation auxquelles il dut faire face durant cette dernière année.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

07 juin 2021

LA QUESTION DE LA MISE EN SCENE PAR CHRISTOPHE IMPERIALI

Après de très longs mois d'inactivité, les adhérents du Cercle Richard Wagner-Lyon se sont retrouvés avec beaucoup de plaisir et d'émotion, ce samedi 5 juin, à l'Hôtel Sofitel.

La journée, consacrée à "L'irruption de l'Histoire dans la mise en scène du drame wagnérien" aurait dû permettre aux auditeurs d'écouter Pierre Flinois en matinée et Christophe Imperiali l'après-midi. Cependant, Pierre Flinois n'ayant pu se déplacer pour raison de santé, c'est Christophe Imperiali qui assura avec brio les deux prestations très apréciées par un public venu nombreux.

Durant la matinée, le conférencier présenta au public les différentes manières de concevoir une mise en scène. En s'interrogeant sur la phrase que prononça lui-même Richard Wagner "Enfants, faites du nouveau !", on peut se quereller sans cesse sur la fonction réelle d'une mise en scène. Christohpe Imperiali aborda cette question en présentant divers aspects : celui de la temporalité (une mise en scène doit-elle se référer au temps de la diégèse, de la composition où de la réception ?) ; la question de fidélité à l'oeuvre initiale (considère-t-on le metteur en scène comme un interprète ou comme un créateur à part entière ?) et le lieu de l'oeuvre (la partition, le moment d'une culture, la scène ici et maintenant). Il expliqua aussi comment Wagner fut amené à réfléchir au rôle du poète dramatique par rapport au poète du roman et comment il en a été amené à s'orienter de plus en plus clairement vers le mythe, au détriment de l’Histoire et ainsi à faire de ses personnages des symboles. Cette première conférence tout à fait remarquable de part sa clareté, son objectivité sur un sujet parfois sensible pour les wagnériens, laissa les auditeurs très admiratifs.

La conférence de l'après-midi, corroborant le discours du matin, fut consacrée à la découverte des différents types de mises en scène (historique, intemporelle et moderne avec le "Regietheater") accompagnée d'une fine analyse de chacune d'elle. Cette présentation fut largement illustrée par d'intéressantes vidéos essentiellement axées sur deux ouvrages : Les Maîres Chanteurs de Nuremberg, très longtemps restée une oeuvre représentée de manière "traditionnelle" et Parsifal, mythe par excellence, favorisant une multitudes de lectures possibles.

Une merveilleuse journée de retrouvailles et de grand art oratoire avec un conférencier hors pair qui enchanta l'auditoire qui le remercia par une longue et chaleureuse ovation bien méritée.

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Les adhérents pourront se retrouver de nouveau ce mardi soir 8 juin, au Conservatoire à Rayonnement Régional de Lyon pour un sujet très différent dans lequel Xavier Jacquelin comparera deux sagas : Le Ring et Star Wars.

 

 

 

 

 

 

 

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23 mai 2021

LA MINUTE VIDEO : DERNIERE

Minute vidéo

Nous avions commencé à vous présenter la « minute vidéo » le jour de la fête à Richard, et c’est juste après l’anniversaire du Maître que nous terminerons ce dernier cycle de divertissements.

Aujourd’hui, comme c’est la dernière, nous ne vous proposons pas une mais quatre vidéos qui relatent le Ring. Si vous êtes un fidèle de notre blog, vous avez peut-être eu l’occasion de découvrir le « Tannhäuser express » que nous vous avions présenté en décembre 2019. Les quatre courts films du Ring ont été réalisés par le même dessinateur et produit par BR-KLASSIK. Ces vidéos sont en allemand mais vous pouvez profiter des sous-titres français.

 Nous vous remercions tous pour votre fidélité et espérons que ces quelques moments distrayants vous auront plu.

 Bon Ring !

A bientôt pour de prochaines aventures.

Prenez soin de vous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 mai 2021

LA MINUTE VIDEO

 

22 mai

 

Et 60 ans plus tard, à l'occasion de l'anniversaire de Richard, Cosima écrivait dans son Journal :

A midi je fais venir les enfants, y compris Fidi, pour leur faire répéter leur rôle et tout va bien. R. reçoit des visites et ne se doute toujours de rien. Au déjeuner, le moment vient des vivats et je demande : " pour qui notre vivat, Daniella?", et elle répond en se levant et en prenant son verre : " Pour le plus fidèle des protecteurs ! " ; " pour qui notre vivat, Daniella ? ", et elle répond : " Pour le plus cher des amis " ; " pour qui notre vivat, Isolde ? ", " Pour le meilleur des pères " ; " pour qui notre vivat, Fidi ? ", " Pour mon papa ! ", et là-dessus la musique militaire attaque le Prélude du troisième acte de Lohengrin. Nous ne pouvons tous nous empêcher de beaucoup pleurer !

En ce jour très particulier, laissons parler la musique...

 

 A DEMAIN !

 

 

 

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16 mai 2021

LA MINUTE VIDEO

Minute vidéo

 

 

Aujourd'hui, deux courtes publicités sans Walkyries à l'horizon... mais qui ne manqueront pas de vous faire voyager, la deuxième étant un clin d'oeil aux grands nostalgiques de l'Allemagne !

 

 

 

 

 

A SAMEDI PROCHAIN !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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