Quand nous avons appris que notre ami Detlef Roth, qui est aussi membre d'honneur du Cercle Richard Wagner de Lyon, chantait le rôle de Kothner à la Scala, nous avons tout de suite décidé d'aller faire un tour en Lombardie et en profiter, une fois de plus, pour admirer la magnifique façade de sa cathédrale.

La cathédrale

La soirée de le veille avait donné lieu à une agréable rencontre avec Detlef et son épouse Norma dans un restaurant choisi. Notre ami s'était laissé pousser une belle barbe pour être en accord avec les exigences du metteur en scène sans qu'il soit spécialement justifié d'arborer une pilosité aussi opulente dans la pratique de la boulangerie.

Detlef et Norma

 

 

Detlef et Henri

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le spectacle proposé par la Scala était une reprise de la production de Zurich, dans une mise en scène d'Harry Kupfer, avec une distribution qui s'est avérée très disparate.

Affiche de la Scala

Du point de vue de la mise en scène elle-même, c'est-à-dire du comportement des personnages, tout était conforme à l'esprit de l'oeuvre de Wagner. Dommage cependant que le décor soit constitué seulement de la ruine de l'église Sainte-Catherine, censée être reconstruite au fil des actes sans être jamais finie, ce qui permit aux spectateurs d'avoir comme décor un immense échafaudage (le décorateur Hans Schavernoch étant depuis bien des décennies le maître incontesté des échafaudages avec escaliers incorporés), servant à tout puisqu'il n'y avait rien d'autre sur scène sinon le lilas disproportionné du second acte qui, lui-même, changeait de côté suivant les mouvements intempestifs de la scène tournante.

Le décor

Comme je l'ai dit, la distribution était loin d'être homogène et le sublime a côtoyé l'abominable. Deux merveilleux chanteurs se sont distingués : Michael Volle dans le rôle de Sachs et Markus Werba dans celui de Beckmesser. Michael Volle est sans aucun doute le meilleur Sachs actuel et il a tout pour lui : un physique agréable, une voix ample et percutante et des qualités d'acteur remarquables. Markus Werba est lui aussi un merveilleux acteur qui se déplace avec une aisance peu commune. C'est un brillant chanteur et ses duos avec Sachs lors du deuxième acte ou du troisième ont été des vrais moments de grand art, tant vocal que théâtral.

Malheureusement le couple Eva - Walther était loin d'être du même niveau. Sans être ridicule, l'Eva de Jacquelyn Wagner était terne et manquait réellement de puissance et encore plus de grâce et de finesse. Ce n'est qu'au troisième acte qu'on a pu enfin entendre sa voix, au timbre un peu acide sans cependant être désagréable, mais d'une réelle insuffisance lors de ses interventions avec Sachs ou Pogner. Quant au Stolzing de Erin Caves, c'est à n'y rien comprendre. Comment le public de la Scala, autrefois réputé pour sa sévérité avec les chanteurs, a-t-il pu supporter un tel artiste sans protester ? Aucun don d'acteur, voix terne, rien sinon des aigus hurlés et faux ! C'était d'autant plus pénible qu'Eva avait vraiment de meilleurs choix avec un Sachs sérieux et épanoui et un Beckmesser fantasque et fringant. Il est vrai que ce ténor venait en remplacement d'un collègue dont la direction artistique de la Scala s'était aperçue, seulement après la Première, qu'il était complètement inapte. Il paraît qu'il y a des personnes "hautement qualifiées" dont la seule fonction est de s'occuper du casting !

Pour le reste de la troupe : un très bon David (Peter Sonn) et une Magdalene également excellente (Anna Laprovskaja), des Maîtres à la hauteur de leur tâche, mais avec une réserve pour Albert Dohmen. Cet artiste qui s'est illustré dans de nombreux rôles et qui a incarné et chanté admirablement Wotan, nous a fait entendre un Pogner routinier et fatigué aux graves un peu courts. Je garde pour la fin ce cher Detlef qui a chanté avec dignité la partie de Kothner auquel il a donné un côté légèrement facétieux en le faisant par exemple trébucher alors qu'il porte fièrement la bannière de la guilde.

Les chanteurs

Walther, Gatti et Sachs

Daniele Gatti est certainement un grand admirateur de l'art que Richard Wagner déploie dans ses Maîtres Chanteurs mais il ne nous a pas paru particulièrement à l'aise dans cette oeuvre, spécialement dans les moments "légers". En revanche, il déploie son savoir-faire dans l'émotion profonde et solennelle du Prélude du troisième acte. Sa tâche ne devait pas être facile dans le duo Sachs-Stolzing où il avait à équilibrer l'aisance souveraine de Michael Volle avec la gaucherie de son partenaire.

Les choeurs et l'orchestre étaient naturellement impeccables. Mais les "apprenties" en costumes féminins étaient quand même mal venues !

En conclusion, un spectacle inégal pour une oeuvre qui n'est apparemment pas celle que préfèrent les Milanais, car les sièges inoccupés étaient assez nombreux et les départs prématurés aussi. Pourtant l'oeuvre n'avait pas été donnée à Milan depuis 27 ans ! (petit rappel : dernière représentation à Lyon, il y a 44 ans !!)

Dans le musée du théâtre, une exposition était consacrée à Arturo Toscanini pour célébrer les 150 ans de sa naissance. 

Expo Toscanini