Pour ses Wagner Festtage en la semaine sainte, l'Opéra de Chemnitz proposait trois opéras : Parsifal, Tannhäuser et les Maîtres Chanteurs.

Opéra de Chemnitz

Allez écouter Parsifal le jour du Vendredi-Saint donne à la représentation un caractère solennel et un éclat tout particulier. Et quand la représentation est magnifique, comme ce fut le cas, alors c'est vraiment un événement exceptionnel. Nous avons assisté à un très beau spectacle, intelligent, avec une distribution homogène et de grande qualité. Le premier acte parut quelque peu banal car trop axé sur le côté clérical. Amfortas, qui n'était d'ailleurs pas un bon acteur, mais heureusement c'était le seul, était habillé d'un costume de pape qui le rendait gauche et lourd. Le deuxième acte fut éblouissant. Si le Klingsor de Horst Lamnek put paraître légèrement insuffisant vocalement, Victor Antipenko, un jeune russe au physique fort avenant, interpréta un Parsifal remarquable avec une belle voix forte, presque encore un peu indomptée mais d'une vaillance extraordinaire. Avec lui, nous avions la Kundry de Morenike Fadayomi, aussi merveilleuse actrice que chanteuse et leur duo fut exceptionnel de force, de naturel et de vérité. La mise en scène du début du deuxième acte, très originale et esthétique, montrait Klingsor debout sur un immense grimoire d'où il invoquait et appelait Kundry. Tout à coup une page du livre s'entrouve et Kundry s'en extirpe comme une larve dans une robe faite d'une page de ce livre. Une très belle scène.

Le troisième acte fut dépouillé et sobre, avec un Gurnemanz très à la hauteur de son rôle (Sami Luttinen) et un Parsifal toujours en grande condition. Un vrai grand et beau spectacle et cette opinion fut partagée par nos amis toulousains que nous avons rencontrés à ces belles représentations.

Filles fleurs

Parsifal acte II

                     Les Filles-Fleurs

Gurnemanz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Gurnemanz 

Klingsor Parsifal et Kundry 

                                                     Klingsor, Parsifal et Kundry

des français à Chemnitz

Les Français à Chemnitz !

 

La deuxième oeuvre était Tannhäuser et là non plus nous ne fûmes pas déçus. Quel beau spectacle et quels chanteurs ! 

D'abord, la même artiste, Brit-Tone Müllertz, interpréta les deux rôles de Vénus et Elisabeth ; elle fut aussi merveilleuse dans l'un que dans l'autre. Dotée d'une belle voix ample et puissante, elle incarna tour à tour une Vénus éclatante puis une Elisabeth énergique ou humble et sa prière fut d'une douceur et d'une intensité rarement égalée. A côté d'elle, nous avions le Tannhäuser tout à fait impressionnant de Martin Iliev qui nous a fait une belle démonstration de ce que devrait être un vrai chanteur habité par son rôle et qui se donne à fond sans retenue. Bel artiste au visage tourmenté, il incarnait un Tannhäuser habité par le doute et les contradictions et il nous fit vivre des grands moments de théâtre et de beau chant. Tous les autres chanteurs étaient également de bon niveau : le jeune Landgrave de Magnus Piontek manqua un peu d'aisance dans l'aigu et le Wolfram de Oddur Jonsson, au timbre un peu rude, fit cependant un excellent troisième acte et sa romance à l'étoile était empreinte de toute la poésie requise. En résumé, chacun était pleinement investi dans son rôle, dans une mise en scène ne cherchant ni à choquer ni à transformer l'oeuvre, un décor tout à la fois moderne mais véridique et des costumes sans extravagance. On était loin du Tannhäuser de Monte-Carlo, abêti et dégénéré, qui ne dégageait aucune force. Ici, on se laissait emporter par des artistes qui vivent ce qu'ils chantent et qui nous entraînent avec eux...

Décor de Tannhäuser

Venus et Tannhäuser

Tannhäuser 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                               Tannhäuser de Martin Iliev

 

     Venus et  Tannhäuser

 

Wolfram Venus et Tannhäuser 

Wolfram, Venus et Tannhäuser

Il faut aussi parler de l'orchestre de très bon niveau, dirigé pour ces deux ouvrages par le chef Felix Bender qui mena son ensemble de main de maître et fut très ovationné par le public. Seul petit bémol, du moins pour nous, c'est la lenteur parfois excessive qu'il donnait à certains passages ce qui n'était pas forcément avantageux pour les chanteurs. Quant aux choeurs, leur effectif n'est certes pas celui d'une grande scène mais ils se sont comportés très honorablement et les ensembles, notamment dans Tannhäuser, étaient très réussis.

Le chef d'orchestre 

Le chef Felix Bender

Enfin le dernier ouvrage était les Maîtres Chanteurs mais là, ce fut plutôt une déception par la seule faute de l'interprète du rôle de Hans Sachs. Le personnage du cordonnier était chanté par le même artiste qui faisait Amfortas dans Parsifal (Jacek Strauch). En dépit d'une vaillance vocale rare, trop âgé et blanchi, il était surtout un mauvais acteur, se déplaçant sans aucune aisance et ne quittant pas le chef des yeux. Cela a suffi à détruire la crédibilité du spectacle même si presque tous les autres protagonistes étaient bons. En effet, il y avait une excellente Eva (Maraike Schröter) à la voix très claire correspondant vraiment au rôle et un magnifique Beckmesser (Martin Kronthaler), drôle, très bon acteur et bon chanteur. Les Maîtres étaient tous à la hauteur de leur rôle sauf peut-être Pogner (Magnus Piontek) qui était légèrement insuffisant. Le Walther de Wolfgang Schwaninger n'était ni très jeune ni très beau mais il chantait ! Seul David, lui aussi trop vieux, était très insuffisant. Tout aurait donc pu fonctionner et le spectacle aurait pu être de qualité, mais un mauvais Sachs ça ne pardonne pas ! Je ne dis pas que la soirée fut totalement gâchée, il y eut quelques bons moments mais sans comparaison avec ce que nous avions vécu les jours précédents. Le décor unique représentait la vaste coupole d'une académie des beaux-arts et si ce décor passait pour le premier et le troisième acte, il n'était pas adapté au deuxième. Les costumes étaient de scrupuleuses reproductions des vêtements de l'époque, très colorés, richement décorés, mais un peu lourds. Un détail à souligner est que chaque maître chanteur disposait d'un apprenti particulier, à l'instar de Sachs avec David, ce qui est logique et permet des mouvements originaux dans certains passages. D'autre part, pendant le prélude joué à rideau ouvert, on a pu voir Richard Wagner lui-même, visitant la collection de peintures exposées sous la coupole, s'attarder longuement devant l'Assomption du Titien en prenant des notes : c'était assez sympathique mais quand même un peu téléphoné.

Quant à la direction de Guillermo Garcia Calvo, elle était plutôt sèche, c'est-à-dire précise mais ne dégageant pas suffisamment l'émotion profonde et naïve qui doit être le grand charme de ce chef d'oeuvre.

Enfin, puisque nous sommes en 2017, année de jubilé dédiée à Martin Luther, une remarque me semble intéressante au sujet de la harangue finale contestable de Sachs vis-à-vis des Velches. Personne ne s'étonne que l'assemblée sur la Festwiese entonne avec ferveur le "Wach auf", une citation du texte du Hans Sachs historique "Le Rossignol de Wittemberg" en hommage à Luther. Or, en traduisant la Bible latine en un allemand clair, ce dernier a accompli un travail littéraire ou linguistique de première importance. Et Hans Sachs, poète allemand, montrait dans ce poème son attachement non seulement au réformateur religieux mais aussi au promoteur de la langue allemande. Dans cette optique, l'avertissement de Sachs à Walther et au peuple s'applique au risque d'un retour des influences de la latinité (la contre-réforme) dans les terres allemandes. On est assez loin des propos médiocrement xénophobes que l'on attribue trop souvent et avec complaisance au haineux et vénéneux Richard Wagner.

Affiche des Maîtres

Madgalena et Sachs

Walther Sachs et Beckmesser

 

 

 

 

 

 

 

 

               Magdalene et Sachs                                                                      Walther, Sachs et Beckmesser

Eva et Pogner

Eva et Pogner

Eva et Walther 

Eva et Walther

Salut final et le chef Guillermo Garcia Calvo

Pour conclure, il faut saluer la performance du théâtre de Chemnitz de représenter en trois jous consécutifs et avec éclat trois ouvrages de cette importance. Saluons également le public, attentif et enthousiaste, mais aussi raffiné dans sa tenue vestimentaire avec des robes longues et même quelques smokings (dont un lyonnais !)

Très prochainement je compléterai ce compte-rendu par des impressions wagnériennes de voyage avec en particulier un commentaire sur la représentation de l'opéra "Wahnfried" qui se donnait à Karlsruhe.