Le Tristan du Liceo nous avait attiré par la perspective d'un plateau vocal d'une exceptionnelle qualité. Et la reprise de la mise en scène lyonnaise de la Fura del Baus garantissait une vision acceptable voire satisfaisante de l'oeuvre.

Affiche

On retrouve toujours avec un plaisir empreint d'émotion cette salle grandiose et brillante même si son acoustique un peu dure et directe ne rend pas parfaitement l'onctuosité des sonorités wagnériennes.

Le liceu illuminé

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le décor évolutif d'une énorme lune présente pendant les trois actes impressionne par sa sobriété nuancée de subtils éclairages. La scène du philtre est superbement rendue, les deux protagonistes attendant une mort qui ne vient pas et se laissant gagner progressivement par la passion. Le seul point détestable est le remplacement totalement stupide des épées par des fusils, une idée provocatrice inepte déjà utilisée à Lyon et malheureusement reprise à Barcelone. Le furet peut se montrer bien lourdaud et tout bêtement maladroit.

Les interprètes étaient tous de premier ordre, soutenus par un bon orchestre impulsé par le valeureux Josep Pons. Greer Grimsley, Kurwenal brave et sonore à souhait ; Sarah Connolly Brangäne presque trop discrète ; Albert Dohmen qui, au soir d'une carrière magnifiquement riche, donne par son interprétation de Marke une admirable leçon de chant et de déclamation. Iréne Theorin, voix magnifique, ample mais pas toujours parfaitement contrôlée, est  une superbe Isolde à qui on donnerait volontiers la médaille d'argent s'il existait une olympiade pour les Isolde.

Tristan, Kurwenal et Melot

Le roi Marke d'Abert Dohmen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tristan et Isolde

Enfin, last but the best, Stefan Vinke mérite sans conteste la médaille d'or des Tristan. Cet artiste d'une vaillance et d'une générosité extraordinaires nous a fait vivre sans doute le meilleur troisième acte auquel nous avons pu assister depuis plus d'un demi-siècle de fréquentation tristanienne. Dans cet acte, un heldentenor dispose de trois possibilités d'interprétation qu'il doit moduler selon ses moyens et son tempérament : parler, hurler ou chanter. Vinke a opté préférentiellement pour la troisième, la plus rare car la plus difficile. Sa performance frise la perfection, terminant son agonie en pleine possession de ses moyens vocaux contrairement à la plupart de ses collègues qui finissent dans un état d'épuisement qui n'a rien de simulé. Il donne raison à l'avis de Richard Wagner lui-même qui pensait qu'une méthode appropriée permettrait de surmonter les difficultés apparentes du rôle. Mais on se doute, comme nous l'a confirmé l'artiste à la sortie, que cela impose un énorme travail de préparation.

Stuc du balcon d'avant-scène

Un agréable devoir lors d'un passage à Barcelone est de faire visite à nos chers amis de l'Associacio Wagneriana, très "spéciaux" en ce sens qu'une rigueur excessive dans l'acception du terme "Gesamtkunstwerk" les oblige à s'abstenir d'assister à des représentations où l'aspect visuel de l'oeuvre du Maître serait (ne serait-ce que légèrement) malmené. Par les temps qui courent, leur sort en est devenu pitoyable. Cependant, il reste en eux une telle foi, quà leur contact se dégagent une sincérité et une chaleur qu'on chercherait vainement dans des milieux où la bien pensance est tellement unique qu'elle finit par devenir quasiment inexistante.

Nos amis catalan