Grave question que la couleur du manteau que portait Wotan lorsqu'il s'invita au banquet de la noce de Sieglinde et planta l'épée Notung dans le frêne de la maison de Hunding.

Ce n'est pas une grave question pour un metteur en scène sauf s'il a choisi d'en faire une séquence supplémentaire pour éclairer le spectateur inexpérimenté (qui d'ailleurs se moque complètement de ce détail vestimentaire).

C'est une question qui concerne surtout les éditeurs, les imprimeurs, les relecteurs et aussi bien sûr les traducteurs.

Dans les partitions que nous possédons, pour orchestre (Peters) ou réductions diverses, Sieglinde dit : "ein Greis in grauem Gewand", littéralement : "un vieillard dans un vêtement gris". 

La chose se complique quand on consulte les textes du livret en allemand des éditions Reclam : "in grauem Gewand" dans une impression de 1954 ; "in blauen Gewand" dans une impression de 1983. De gris, le manteau est devenu bleu.

Une édition plus ancienne des Gesammelte Dichtungen due à Julius Kapp mentionne : "in blauem Gewand" alors qu'une autre plus récente dirigée par Joachim Kaiser indique : "in grauem Gewand".

La question prend un aspect presque comique si on en vient aux traductions en français et aux éditions bilingues. Jean d'Arièges (Aubier-Flammarion) s'en tient à : "ein Greis in grauem Gewand" : "un vieillard vêtu de gris". Le cas est plus curieux avec Françoise Ferlan. Dans le "Guide des opéras de Wagner" (Fayard 1988), c'est :"in blauem Gewand" : "en manteau bleu". Mais reproduite dans l'Avant-Scène Opéra (deuxième édition 1993), la soi-disant même traduction indique : "in grauem Gewand" : "vêtu de gris". Notons pourtant que le reste du texte est bien identique dans les deux cas.

La palme revient naturellemnet au fantaisiste Antoine Goléa qui, dans la première édition de l'Avant-Scène (1977), résolvait le problème à sa manière avec le texte allemand "in blauem Gewand" et la traduction : "vêtu de gris".

Notons encore que la même indétermination se retrouve dans les textes du livret publiés sur Internet : blauem ou grauem.

Si on se réfère à la grande esquisse en prose (mai 1852), Wagner fait apparaître Wodan au milieu du premier acte comme "un homme assez âgé, cheveux et barbe gris, borgne, avec un chapeau rond et un vêtement gris".

En conclusion, outre une insousiance évidente des éditeurs, imprimeurs et traducteurs, on peut trouver l'origine de cette confusion des couleurs dans le costume porté par le Wanderer de Siegfried : "er trägt einen dunkelblauen langen Mantel". "Il porte un long manteau bleu sombre". C'est ainsi qu'il est représenté sur le dessin de Carl Emil Döpler pour le premier Ring de 1876.

wanderer

Mais il est bien entendu que dans un intervalle de plus de vingt ans et vu le standing que sa fonction lui impose, le dieu a dû avoir plus d'une occasion de changer de vêtement !

 

fin