Grande journée philo en ce samedi 17 mars pour le Cercle Richard Wagner-Lyon qui avait invité le grand spécialiste nietzschéen Dorian Astor pour deux conférences à la Bibliothèque Municipale de la Part-Dieu.

Dès le matin, un nombreux public s'était rassemblé pour écouter Dorian Astor traiter des rapports entre Wagner et Schopenhauer sous le titre "Volonté de néant". Partant du principe que son auditoire connaissait bien mieux Wagner que Schopenhauer, notre orateur a dressé un tableau synthétique de la pensée schopenhauérienne avec une maîtrise et une clarté très remarquable. Il s'est moins étendu sur la portée réelle de son influence au sein de l'oeuvre de Wagner. Certes le renoncement d'abord amer de Wotan (dans la Walkyrie), puis résigné et serein (dans Siegfried) a permis à Wagner de préserver la grandeur tragique de son drame mythique sans toutefois pouvoir éviter les extravagantes péripéties de la dernière journée. Et même dans Tristan, où l'échappée dans la mort est omniprésente, l'intensité du sentiment amoureux reste impérieuse et inassouvie. Si l'influence est évidente, ce n'est en rien une soumission et heureusement Wagner reste toujours, et supérieurement, un artiste.

L'assistance

Dorian Astor

 

 

 

 

 

 

 

L'après-midi, sur un thème apparemment voisin, il s'agissait pour le conférencier d'exposer les rapports entre Nietzsche et Wagner sous le titre "Amitié d'astres". D'amitié réelle, au sens d'une intimité chaleureuse, il ne fut guère question, mais surtout de la confrontation de l'intelligence prodigieuse et intransigeante d'un penseur visionnaire avec le génie immense d'un musicien poète, artiste protéiforme doué d'une détermination et d'une lucidité inébranlables. Si on ajoute à cela une différence d'âge de trente ans, des tempéraments et des aptitudes physiques opposés, on peut comprendre que les affinités intellectuelles les plus profondes se heurteraient inévitablement dans le quotidien au point d'engendrer les ressentiments et les méchancetés.

On est resté quelque peu interloqué par l'évocation que le conférencier a faite de la "longue" période d'incertitude voire d'échec, des quatre ans séparant la pose de la première pierre du Festspielhaus des premières représentations du Ring. Alors qu'il avait fallu, pendant ce temps si court, construire un théâtre modèle inédit, terminer la partition et son orchestration, faire copier toutes les parties d'orchestre de l'oeuvre gigantesque tout en recrutant des instrumentistes de première force, choisir et former des chanteurs interprètes de rôles écrasants, concevoir et réaliser les décors et costumes, faire apprendre et répéter l'oeuvre jouée pour la première fois, tout en assurant accessoirement l'intendance pour accueillir convenablement les spectateurs.

Quant au reniement nietzschéen explosant au sujet de Parsifal, il a trouvé une bien humiliante punition dans une audition plus ou moins problématique du seul Prélude à Monte-Carlo (!) bien des années après les triomphes répétés de l'oeuvre à Bayreuth.

Il y a des rendez-vous manqués qu'on ne déplorera jamais assez tant les espérances avaient été grandes.

Cela n'a bien sûr rien enlevé au succès de cette journée d'étude et à la qualité de la performance du conférencier qui a été récompensé par l'écoute attentive de l'assistance et ses chaleureux applaudissements.

Après ces très sérieuses considérations, il nous semble opportun de conclure sur une note loufoque en reproduisant ces trois caricatures de Loriot dont le message global pourrait être : "Quoi qu'il arrive, gardons la patate !"

Dessins de Loriot