Comme bien des Allemands, Wagner attachait beaucoup d'importance à la célébration de son jour de naissance. La plus mémorable de ces fêtes est celle de 1872 : Richard avait 59 ans au moment des cérémonies marquant la pose de la première pierre du Festspielhaus. Le récit en est suffisamment connu pour que nous n'y revenions pas. Je vous propose plutôt de nous intéresser à trois anniversaires, séparés chacun de vingt ans : 1833, 1853 et 1873.

En 1833, Richard a mis un terme à sa vie d'étudiant et s'est engagé dans la vie professionnelle avec un modeste poste de chef des choeurs au théâtre de Würzburg. Comment fêta-t-il son anniversaire ? Sans doute assez banalement en passant la soirée avec des collègues et amis(es) dans quelque(s) guinguette(s). Mais sa journée avait aussi été studieuse comme en témoigne le manuscrit de l'esquisse de composition du premier acte des Fées où l'on peut lire : "Aujourd'hui 22 mai 1833, j'ai eu vingt ans". 

partition fées 1

En 1853, à Zurich, les 18, 20 et 22 mai, trois grands concerts furent organisés en son honneur, constitués exclusivement de ses oeuvres et dirigés par lui. Il est alors devenu évident que Wagner se présente comme le grand compositeur allemand en matière d'opéras, même si ses oeuvres, en raison de leur richesse et de leur complexité, se prêtent mal au succès facile et à la gloire immédiate. Après des années d'errance, il a connu la vie stable de musicien de Cour à Dresde, à son tour anéantie pour cause d'engagement révolutionnaire. Ces trois concerts zurichois remportèrent un immense succès de prestige ; ce fut le premier des "Festivals Wagner" (qu'avait toutefois précédé la "Semaine Wagner" de Franz Liszt qui avait monté les trois opéras romantiques à Weimar). Le bilan artistique des vingt années écoulées est lourd de trésors : Rienzi, le Hollandais, Tannhäuser, Lohengrin, suivis d'une césure musicale d'où sont sortis les écrits sur la réforme du théâtre lyrique et tout le poème du Ring. A l'issue des concerts, Wagner remercia les organisateurs, les bienfaiteurs et les amis en leur adressant un feuillet-souvenir, un autographe lithographié, rappelant les oeuvres jouées.

autographe Zurich

Le 22 mai 1873, les travaux de construction du Festspielhaus sont en cours mais ils ne doivent pas aller trop vite car la partition du Crépuscule des dieux n'est pas encore terminée. Une grande fête est organisée à l'Opéra des Margraves avec un programme ad oc dont voici le contenu :

Fest-Vorstellung 2

Le jour même, Wagner n'a peut-être pas pris le temps de jeter un regard sur les vingt années écoulées depuis le premier festival zurichois. On peut le faire à sa place : toute la musique du Ring, Tristan, Les Maîtres et l'idéal de Bayreuth qui se concrétise... mais aussi l'amitié et le soutien d'un roi extraordinaire, l'amour d'une femme non moins extraordinaire qui lui a donné trois enfants.

Ce même 22 mai 1873, un autre événement d'importance eut lieu à Leipzig : la pose d'une plaque commémorative sur la maison natale de Wagner, signe de reconnaissance des citoyens leipzigois devenus fiers du plus illustre des enfants de la ville.

Maison natale

Malheureusement la maison en mauvais état a été démolie au cours d'une opération d'urbanisation en 1886. Depuis, les circonstances ont donné lieu à plusieurs opérations similaires sur le même lieu ! Mais actuellement, on peut admirer une magnifique plaque sur la façade du centre commercial "Höfe am Brühl". Pour le 22 mai, des membres du Cercle Wagner de Leipzig se rassemblent devant cette plaque, ils jouent un peu de musique et tiennent un petit discours. Les passants et les promeneurs s'arrêtent un instant pour les écouter distraitement. L'attroupement ressemble un peu à ceux de l'Armée du Salut qui bat le pavé et le rappel à l'approche des fêtes de Noël. Mais après tout, quoi de plus naturel, car le 22 mai, pour les wagnériens, c'est un peu leur 25 décembre à eux !

"Freudig zeuget aller Welt von eures Heilands Wunder !"