Certains observateurs prennent un air étonné quand ils entendent dire qu'il y aurait encore (dans la dernière partie du premier quart du vingt-et-unième siècle !) des gens attardés qu'on qualifie ou qui se qualifient eux-mêmes de wagnériens. Il faut dire que la situation peut paraître paradoxale, car nombre de ces passionnés, voire fanatiques en question vont au théâtre pour assister à des spectacles auxquels ils cherchent vainement la plupart du temps à trouver une signification visuelle cohérente à ce qu'on leur fait voir qui n'a qu'un rapport très éloigné avec la pièce dont ils connaissent bien l'argument et dont ils ont même souvent étudié le livret.

Après quelques reflexions du genre : "Là, vraiment, je ne peux pas être d'accord, mais il y a tout de même de très belles images et une superbe direction d'acteurs ; il est bien évident que le concept demande à être retravaillé...", ils se rabattent sur les qualités des solistes, du chef, de l'orchestre et des choeurs ce qui est bien naturel quand on a dû débourser 300 € pour acquérir son billet. C'est un peu comme chez le psychanalyste, quand on a payé on apprécie mieux la prestation. Mais je m'aperçois que je ne parle pas réellement des wagnériens, mais seulement des personnes qui fréquentent des théâtres où des oeuvres de Wagner sont données en représentation. Parmi eux, il y en a qui ne connaissent ni ne comprennent l'allemand tel que l'écrit Wagner, des étrangers bien sûr mais aussi malheureusement des autochtones pour qui le romantisme s'est limité au choix de la couleur de leur voiture. Ils devraient être ailleurs me direz-vous, mais s'ils sont là, c'est par une sorte d'obligation dont les motivations sont de nature extrêmement diverses. Certaines d'ailleurs sont sympathiques voire émouvantes, car elles n'excluent pas une sincérité réelle. On pourrait résumer cela par un seul vocable : le snobisme, mais c'est plutôt une sorte de routine, de rituel à la fois chaleureux et mondain. Ainsi les plus fortunés d'entre eux ont dû être passablement excités par l'annonce d'une production de La Walkyrie à Abu Dhabi donnée par le Festival de Bayreuth au début de l'année 2019. Et dire qu'il y a des grincheux pour prétendre que Wagner n'est pas à la mode !

Erlösung

Ayant fait partie de ceux qui ont été condamnés à opter pour l'espagnol en deuxième langue pour passer le bac, j'ai été bien obligé de faire preuve de courage (et plus tard en éprouver de la satisfaction et du plaisir) à entreprendre des études personnelles de la langue allemande ; des études certes imparfaites mais que je continue avec application ce qui m'a permis d'apprécier à sa juste valeur l'immense génie dramatique et poétique de Wagner bien au-dessus des jugements condescendants de certains germanophones professionnels étriqués.

Cette introduction est certes bien longue pour mon propos qui est uniquement de porter à la connaissance des "wagnériens" pratiquant la langue castillane l'existence d'un site Internet intitulé "Wagnermania" d'un intérêt tout à fait remarquable avec des rubriques très diverses souvent exclusives, des raretés en tous genres et une rubrique humoristique des plus rejouissantes. Une dernière blague qui vaut bien certaines laborieuses dissertations du genre "blog du chemineau", fait voir Placido Domingo consultant la partition de La Walkyrie qu'il doit diriger et qui se dit : "C'est bizarre, mais j'avais toujours cru que La Walkyrie n'avait que deux actes !".

 

fin