Voilà de longs mois qu’aucun article n’a été rédigé sur ce blog. La raison, certains d’entre vous la connaissent, c’est le décès de mon cher époux Henri Perrier.

J’ai créé ce blog en 2013, après le Congrès International des Cercles Richard Wagner à Leipzig. Cette année là, on célébrait le 200ème anniversaire de naissance de Wagner et sa ville natale voulait rendre un hommage particulier à l’enfant du pays. Après ces journées de festivités, j’ai eu l'envie de faire partager nos découvertes, nos émotions, nos rencontres et les spectacles que nous avions vus aux wagnériens qui n’avaient pas eu la chance, comme nous, d'assister à cet événement.

Après ce magnifique congrès, petit à petit, furent écrits d’autres compte-rendus de spectacles, puis de réunions du Cercle Richard Wagner de Lyon, de voyages ou rencontres avec d’autres Cercles et enfin des articles « de fond » dans lesquels Henri excellait. En effet, si au début, j’étais seule à rédiger ce blog, nous l’avons assez vite continué à deux.

Aujourd’hui, je me retrouve seule. Les articles seront moins réguliers et se limiteront pour le moment aux seules réunions du Cercle de Lyon. Plus tard, je vous proposerai sans doute à nouveau des compte-rendus de spectacles.

Je vous remercie pour votre compréhension et votre fidélité.



 WAGNER ET LES PARODIES MUSICALES 

C'est autour de Nicolas Southon que les adhérents du Cercle Richard Wagner - Lyon se sont retrouvés ce dimanche 13 janvier à l'Hôtel Sofitel, pour une conférence intitulée "Wagner et les parodies musicales".

walküre

Un vaste sujet qui intéressa nombre de musiciens, tant du vivant de Wagner que de nos jours. Nicolas Southon nous expliqua que la parodie pouvait prendre la forme d'une imitation moqueuse, tel le pastiche, ou devenir satire c'est-à-dire la transformation d'un morceau existant en élement burlesque. La parodie peut également proposer une oeuvre dans un style complètement différent de l'original, Wagner version jazz par exemple. Dans ce genre de transformations, le référent est sérieux mais l'effet est comique. Richard Wagner, qui se distingait par son originalité musicale, se prêta tout naturellement  aux parodies.

Il nous présenta alors les compositeurs et musiciens qui se livrèrent à ce genre d'exercices.

Pour commencer le viennois Johann Nestroy, qui à partir des années 1850, s'intéressa à Tannhäuser, Lohengrin et Tristan. La parodie de Tristan fut d'ailleurs très curieusement jouée à Paris avant l'oeuvre du Maître dont la première avait dû être différée à maintes reprises.

Dès 1860, les parodistes s'en donnèrent à coeur joie. Offenbach fit représenter aux Bouffes Parisiens sa "Symphonie de l'avenir" dans laquelle il se moquait de Wagner et de sa "musique de l'avenir" en faisant dire à son personnage : "Ah Ah, me voilà, je suis le compositeur de l'avenir et je vous écrase tous, vous, le passé, la routine, je suis toute une révolution !" 

offenbach symphonie de l'avenir

Jusqu'à la fin du XIXème siècle, les parodies se multiplièrent et si les titres sont connus, on ignore souvent qui en est l'auteur. Ce ne sont que de simples amusements et on ne parodie que les chefs-d'oeuvres. C'est ainsi qu'à Rouen, en 1891, le directeur des Folies-Bergères, profitant du grand succès de Lohengrin, fit insérer dans sa revue un "Lotehencrin". A la même époque on trouvait une autre parodie de Lohengrin intitulée "Bonjour Lolo".

En 1920, un humoriste, compositeur dont le nom de scène était Bétove excellait dans l'imitation en prenant un thème et en le traitant "à la manière de". Il savait percevoir et retranscrire les caractéristiques musicales et mêmes les manies des grands maîtres et réalisa cinq "parodies" dans lesquelles il imita Massenet, Rossini, Debussy Hahn et Wagner. Celle sur Wagner se compose d'un arioso aux paroles assez ridicules.

En 1950, Georges Van Parys écrivit plusieurs parodies dans le style de Rossini, Debussy, Offenbach et Gershwin ainsi qu'un "Tristoeil et Brunehouille" sorte d'opéra-bouffe à la manière de Wagner.

A cette même époque, Gérard Hoffnung composa un véritable patchwork musical dans l'ouverture duquel, il mêlait Carmen et les Maîtres Chanteurs.

Autre forme de parodie : la citation musicale. Elle est volontaire, se veut reconnaissable mais brève. Si un compositeur choisit d’en citer un autre, c’est soit par dérision, soit par déférence. C'est ainsi que Debussy, dans son cycle "Les Children's Corner", utilisa l'accord de Tristan et Benjamin Britten fera de même dans son opéra Albert Herring. Richard Strauss, grand admirateur de Wagner, écrivit une pièce orchestrale dans laquelle il mêla le début de l'Or du Rhin à la musique de scène du Bourgeois gentilhomme. Richard Wagner lui-même, dans le deuxième acte de ses Maîtres Chanteurs, fit référence à son opéra Tristan en faisant entendre le thème du roi Marke alors que Hans Sachs en parle à Eva.

Nicolas Southon évoqua ensuite les fantaisies en forme de quadrille sur des thèmes wagnériens. Le drame wagnérien est ainsi représenté par une danse. On y trouve les "Souvenirs de Munich" d'Emmanuel Chabrier sur des thèmes de Tristan et Isolde dont Alfred Cortot dira : "Fantaisie d'un goût discutable". Puis "Souvenirs de Bayreuth" de Gabriel Fauré et André Messager sur des thèmes du Ring.

Dans les années 1923-27, Clément Doucet, élève de Liszt et pianiste de jazz, écrira "Isoldina" et "Wagneriana" dans le style ragtime, oeuvres frontière entre la parodie et la transcription qui s'apparentent donc davantage à une "relecture".

Paul Hindemith, quant à lui, a écrit une : "Ouverture du Vaisseau Fantôme déchiffrée à vue par un orchestre de casino de troisième zone sur le coup de sept heures du matin au bord d'une fontaine" dans laquelle les musiciens dérapent, jouent faux et finissent par reprendre leur répertoire habituel en interprétant une valse viennoise. 

Maurice Ravel composa des oeuvres pour piano intitulées "A la manière de" pastichant ainsi Chabrier, Borodine et Wagner. A son tour, Alfredo Casella pastichera Parsifal et Tristan . 

Henry Cowell, lui, donne des "instructions pour composer une ouverture de Wagner". Ici, on quitte le domaine de la parodie ou du pastiche pour entrer dans ce que l'on peut qualifier d'oeuvre nouvelle.

Enfin, les résumés d'opéras ou synopsis peuvent aussi être considérés comme une forme de parodie. Ils ont pour la plupart un but pédagogique. L'opéra de Sydney a réussi l'expoit de présenter sous forme d'un film de deux minutes trente un résumé du Ring ! Anna Russell, avec une analyse abrégée et humoristique très personnelle, présentera, et ceci durant de longues années, le Ring de manière simplifiée.

Voici un bref aperçu de ces diverses formes de parodies dont nous a entretenu notre très brillant conférencier, émaillant son propos d'extraits musicaux. Il a été chaleureusement applaudi par les auditeurs qui ont apprécié non seulement son travail considérable de recherche mais aussi son art oratoire.

quelques adhérents

Un bon début d'année pour le Cercle Richard Wagner - Lyon.