Bravant les diverses marches de protestation lyonnaises prévues à Lyon ce samedi 16 mars, les adhérents les plus courageux du Cercle Richard Wagner-Lyon se sont retrouvés à l'Hôtel Sofitel pour assister à la conférence de Guy Cherqui sur " l'Evolution de la mise en scène wagnérienne depuis 1950 ".

Gui Cherqui

Evitant toute polémique ou parti-pris, notre conférencier à su traiter son sujet de manière à la fois claire et extrêmement détaillée en présentant une sorte de généalogie des divers metteurs en scène. Il a commencé son exposé en tenant à expliquer que la comparaison entre mise en scène traditionnelle et moderne n'avait pas de sens puisque chacune avait été "moderne" à son époque.

Guy Cherqui a expliqué comment la transformation progressive des mises en scène était en réalité une conséquence de l'évolution des moyens techniques comme par exemple des éclairages. La lumière s'étendant insensiblement sur toute la surface de la scène, les chanteurs ne pouvaient se contenter de s'y tenir sur le devant et pouvaient y évoluer avec plus de naturel. D'autre part les toiles peintes ayant fait place à des décors construits, les interprètes devaient utiliser ces nouveaux espaces. Puis sont arrivés d'autres moyens comme la vidéo, le laser, le numérique...

Prenant l'exemple des Maîtres Chanteurs de Tobias Kratzer dont chaque acte est traité de façon différente, il nous a montré ce qu'était une mise en scène naturaliste (acte I) symbolique et dépouillée à la Wieland Wagner (acte II) et hyper réaliste façon Carstof (acte III).

A l'époque de Richard Wagner, deux courants se sont dessinés : un courant symboliste venant d'Adolphe Appia qui influencera Wieland Wagner par l'importance de la lumière dans un décor minimaliste ; un courant naturaliste venu d'Alfred Roller qui imprégnera Emile Prétorius puis Wolfgang Wagner. Au fil du temps, seuls Heiner Müller et Robert Wilson suivront la voie de Wieland alors que Prétorius et Wolfgang seront suivis par August Everding, Dieter Dorn, Günther Rennert, Otto Schenk, Tankred Dorst ou Robert Lepage.

Cherqui 1

 

Cherqui 2

Guy Cherqui aborda ensuite la question du Regietheater. C'est en 1970 que commença une véritable rupture esthétique coïncidant avec la fin d'une génération de " grandes voix ". Il fallait pallier à cette insuffisance par une évolution de la technique et de la mise en scène. De plus, Bertolt Brecht  et sa vision révolutionnaire du théâtre influencera grandement les metteurs en scène jusqu'aux plus récents : Giorgio Strehler (Lohengrin 1981), Luca Ronconi (Ring 1974) et Romeo Castelluci (Tannhäuser 2017).

De son côté, Patrice Chéreau, élève de Strehler, marqué simultanément par Brecht mais aussi par le Ring de Ronconi, élabore sa propre production du Ring en 1976 qui donne naissance à ce qu'il est convenu d'appeler le Regietheater (en réalité c'est Götz Friedrich qui l'a expérimenté le premier). C'est pourtant le Ring du centenaire de Patrice Chéreau qui a ouvert les vannes et débloqué l'inventivité

Les héritiers directs de Brecht que Guy Cherqui nomme "enfants" de Brecht sont : Harry Kupfer (Vaisseau - Ring), Ruth Berghaus (Parsifal - Tristan), Christoph Marthaler (Tristan), Hans Neuenfels (Lohengrin), Jürgen Flimm (Ring), Franck Castorf (Ring).

D'autres bien sûr ont bénéficié de l'héritage brechtien comme Stefan Herheim (Parsifal), Katarina Wagner (Maîtres Chanteurs), Barrie Kosky (Preto).

Les oeuvres qui inspirent le plus les metteurs en scène actuels sont celles que l'on peut lire de différentes façons. Si la mise en scène est ponctuelle, l'oeuvre perdure. Pourtant, certaines productions anciennes ont été conservées et sont rejouées régulièrement laissant ainsi une empreinte du passé. Mais les jeunes générations ont besoin d'une lecture nouvelle en accord avec leur temps et leur mode de vie. Il n'y a pas une façon de voir et d'entendre une oeuvre, il y en a autant que de spectateurs car chacun réagit selon sa sensibilité, son individualité et son histoire.

La salle

Guy Cherqui a été longuement ovationné par le public enthousiasmé par sa prestation au terme de laquelle il a pris le temps de débattre avec les participants qui visiblement étaient loin d'être indifférents à l'évolution de la mise en scène.

That's all floks