SEMINAIRE 2016 DU CERCLE RICHARD WAGNER-LYON
Ce dimanche 20 novembre, à l'hôtel Sofitel Lyon Bellecour, se tenait le 35ème séminaire annuel du Cercle Richard Wagner- Lyon.
Les exposés, tous proposés par des membres du Cercle, débutèrent vers 10h. C'est Henri Perrier qui, comme d'habitude, animait la séance.
Une assistance attentive était présente.
Henri Perrier débuta la matinée avec un exposé intitulé : "L'entracte le plus long". Cet entracte, c'est ce temps de douze années, qui sépare la composition des actes II et III de Siegfried. Henri Perrier évoqua la vie personnelle du compositeur durant cette période avec ses contraintes, ennuis, déboires... et également ses miracles, justifiant en partie cet arrêt, mais aussi son désir profond d'écrire et de faire représenter un autre ouvrage : "Tristan et Isolde", plus facile à monter, puis ses Maîtres Chanteurs qu'il composa avant d'avoir fini sa grande oeuvre. Un bel exposé au style impeccable et riche de documentation.
C'est moi qui intervins ensuite pour parler des "Rêves prémonitoires, délires et hallucinations" dans les oeuvres de Richard Wagner. Après avoir rappelé brièvement ce qu'étaient ces phénomènes, j'en signalais la présence dans les différents ouvrages. Si tout le monde connaît les rêves prémonitoires d'Erik et d'Elsa, il en est d'autres comme le rêve prémonitoire allégorique de Walther dans les Maîtres Chanteurs. Les hallucinations sont celles d'Elsa croyant voir revenir le cygne, de Sieglinde vivant par anticipation la mort de Siegmund, de Tristan préssentant l'arrivée de sa bien-aimée et d'Isolde quittant la vie dans une aura de fantasmes olfactifs, auditifs et visuels.
L'auditoire était toujours aussi attentif pour écouter ensuite Bernard Reydellet qui nous emmena au-delà du monde matériel avec un sujet de prédilection : "Bénédictions et malédictions dans les oeuvres de Richard Wagner", réservant toutefois pour l'an prochain leur présence dans le Ring. En commençant par l'auto-malédiction du Hollandais, puis par celle adressée par Vénus à Tannhäuser, il évoqua ensuite la bénédiction périlleuse dans Lohengrin qui devint vite malédiction. Naturellement il développa la réflexion métaphysique qu'il maîtrise parfaitement sur les louanges et anathèmes du philtre, du jour et de la nuit dans Tristan et Isolde, sans oublier Parsifal avec ses entrelacs de malédictions, de baptême et de miracles. Comme de coutume, son exposé suscita nombre de questions.
Et pour finir cette matinée studieuse, ce fut Eliane Suerinck qui nous parla de l'"Approche psychanalytique des rapports de Wotan avec sa filiation".Un beau sujet difficile et une recherche méritoire pour cette adhérente qui ne s'intéresse à Wagner que depuis peu mais qui, intriguée par l'émotion qu'elle ressentait en l'écoutant, voulait en comprendre la raison en mettant à profit sa formation en psychiatrie. Elle nous présenta une étude sur le comportement du dieu dont les adieux si émouvants à sa fille Brünnhilde ne font pas oublier sa conduite froide et cruelle avec sa filiation. Difficile d'être père, mais probablement encore plus difficile d'être un dieu... le genre de patient que Freud ou Lacan n'ont guère eu l'opportunité d'analyser.
La matinée se termina par un apéritif bien mérité qui fut suivi d'un ecxellent déjeuner.
Après le déjeuner, c'est à Nicolas Crapanne que revenait la parole. Il est d'abord revenu sur le projet réellement pharaonique du "Musée virtuel Richard Wagner" qu'il nous avait présenté l'an dernier et qu'il a continué à développer avec une réussite certaine. Quand on consulte le site internet du Musée, on voit que la contribution du Cercle Richard Wagner-Lyon est bien présente ce qui ne peut naturellement que nous réjouir et nous suivrons avec un intérêt tout particulier les progrès de cette entreprise.
Nicolas Crapanne nous a ensuite exposé son sujet qui était "la vie et le personnage de Richard Wagner au cinéma". Il s'est attardé spécialement sur quatre réalisations que l'on peut considérer comme majeures : le film muet de Karl Frölich, la romance américaine de William Diterle, l'immense chef d'oeuvre "Ludwig" de Luchino Visconti et la saga démesurée de Tony Palmer. Sa préférence allant à l'incarnation du Maître par Richard Burton alors que par goût personnel je préfère Trevor Howard ou le muet Giuseppe Becce.
Il fut suivi par Jacques Barioz qui, passionné par l'histoire de Bayreuth et du Festival, s'est attelé à un nouveau travail de recenssement des personnalités françaises s'étant redues sur la Colline sacrée. Dans son exposé, très vivant et sympathique, il s'est arrêté à la date fatidique de 1914, nous promettant bien sûr de continuer son travail pour nous en faire part dans les prochaines années.
C'est une belle satisfaction pour notre Cercle de voir la ferveur enthousiaste et désintéressée que continue à animer l'oeuvre, la personne de Wagner et tout l'environnement artistique et intellectuel qu'il a suscité.
L'après-midi se termina agréablement avec l'intervention de Françoise Derré relative à la nouvelle de Jules Laforgue "Lohengrin, fils de Parsifal" qui fait partie du recueil "Moralités légendaires". Après un bref rappel sur la courte existence et la personnalité de l'auteur, elle a résumé avec humour la trame de ce récit parodique et ironique de la destinée contrariée d'Elsa et d'un Lohengrin ayant des difficultés évidentes à affirmer sa virilité. Richard Wagner peut dormir tranquille, ce n'est pas l'adaptation opératique de l'oeuvrette de Jules Laforgue par Salvatore Sciarrino qui portera ombrage à son héros étincelant.
En conclusion, une journée d'étude et d'agrément entièrement "maison" comme nous pouvons en souhaiter à toutes les associations wagnériennes "weltweit".












