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La vie wagnérienne
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23 octobre 2019

WAGNER ET LA GRECE : D'IPHIGENIE A TRISTAN

Ce samedi 19 octobre, au Goethe-Institut, Christophe Corbier ouvrait la saison 2019-2020 du Cercle Richard Wagner-Lyon avec une conférence intitulée : "D'Iphigénie à Tristan : Tragédie Grecque et Musikdrama".

Sacrifice d'Iphigénie

Tristan et Isolde

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quel rapport existe t-il entre Iphigénie et Tristan ?

 

On sait que Wagner a toujours été intéressé par la tragédie grecque et son intérêt pour cette Grèce Antique a été mentionné très souvent notamment par Nietzsche mais aussi par Mallarmé, Chamberlain ou Schuré. On l’a même parfois surnommé le nouvel Eschyle...

C'est surtout durant l'année 1847, que l'on peut qualifier d'année grecque, que Wagner va vraiment découvrir ce qu'il y cherche. Bien qu'il soit occupé à l'orchestration de son Lohengrin, il termine un travail sur l'Iphigénie en Aulide de Gluck dont il corrige d'abord la mauvaise traduction, en remanie la partition, ajoute des récitatifs et change le dénouement de la pièce. Il en dirige la représentation le 22 février 1847 et en assure également la mise en scène. De juin à août, dans sa retraite estivale où il travaille à son Lohengrin, il étudie Eschyle, Aristophane et le banquet de Platon. Et c'est à la lumière des classiques grecs qu'il assimile la lecture de l'Edda, des sagas et autres pages scandinaves. Voici ce qu’il relate dans « Ma Vie » : "...la gaîté intense qui m'animait alors provenait de ce qu'à côté de mes compositions, je me livrai avec ardeur aux études dont j'ai parlé. Dans la maturité de l'esprit et du sentiment, je compris Eschyle pour la première fois... Mes idées sur l'importance du drame et du théâtre se sont sûrement formées sous l'influence de ces impressions. Passant par les autres poètes tragiques, j'arrivai à Aristophane. Après avoir travaillé assidûment toute la matinée à Lohengrin, j'allais l'après-midi m'abriter contre la chaleur sous les ombrages épais du jardin : je ne saurais décrire la gaîté pétulante où me jetait la lecture des pièces d'Aristophane... Mes études ayant un but précis... je passai directement aux antiquités germaniques... Attiré irrésistiblement vers le Nord où je trouvais les sources de ce que je cherchais, je m'efforçais autant que cela était possible, sans connaître les langues scandinaves, de me familiariser avec l'Edda..." Si Wagner se sent ainsi plein de bonne humeur et de joie rayonnante, c'est qu'il ne lit pas seulement, il met des images sur les mots, il imagine les représentations, sa lecture est incarnée. Il lit aussi les livres de Droysen (Alexandre le Grand, Histoire de l'Hellenisme), d'August Brockh, philologue et de Karl Offried Müller, archéologue, mythologue et grand historien qui participa à des fouilles à Athènes. 

Il essaye de comprendre l'essence de la culture grecque : si pour Müller la Grèce authentique vient des Doriens, pour Wagner, c'est Apollon, dieu des arts, du chant, de la musique, de la poésie et de la lumière qui incarne la Grèce mais sous les traits d'un dieu dur, viril, sévère et conquérant. Pour lui, c’est l'union d'Apollon et de Dionysos qui conduit au Musikdrama. Il rêve de retrouver un art et un public tel qu'ils étaient à Athènes. Le christianisme a provoqué des changements dans l’art en séparant progressivement ce qui à l’origine était unis : poésie, musique, danse et mythe. Le public a dégénéré, la société aussi. Wagner veut réintroduire le mythe : Hollandais Volant assimilé à Ulysse ou au Juif errant, Lohengrin assimilé à Zeus et Sémélé. 

Alors que Mendelssohn cherche à retrouver la culture grecque en imitant ce qui était fait à l'époque, Wagner rêve de régénérer le théâtre et la société non pas en régressant, en effet, il ne se contente pas "d'imiter" mais en allant plus loin : « Non, nous ne voulons pas redevenir grec mais concilier les deux plus sublimes élévateurs de l'humanité Jésus et Apollon ».

Christophe Corbier

Il me serait bien difficile de faire un résumé détaillé de cette brillante conférence, richement documentée. Je m'arrête donc là, en laissant aux absents le regret de ne pas s'être déplacés pour entendre ce jeune et brillant conférencier. 

Christophe Corbier, après des applaudissements bien mérités, a encore répondu aux questions des auditeurs avec beaucoup de soin et de nombreux détails. De plus, nous avons eu le plaisir d'entendre la version orchestrale de l'ouverture d'Iphigénie en Aulide arrangée par notre cher Richard.

Un beau début de saison !

 

Fin

 

 

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