Baden-Baden ayant programmé pour son Festival de Pâques la Neuvième Symphonie de Beethoven suivie de Tristan et Isolde avec l'Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Simon Rattle, nous avons eu très envie d'aller passer quelques jours dans cette belle ville d'eau.

D'abord, à l'opposé de ce que nous avions remarqué à Barcelone une semaine auparavant, la clientèle plutôt élégante et raffinée que nous avons côtoyée nous a rassuré. Nous finissions par penser que nous étions parmi les derniers spécimens d'une société qui avait pour usage de se laver, de se parfumer et de s'habiller avec un peu de soin.

bandelore

une vitrine

La ville pavoisait et déjà, dans la rue, on pouvait voir une grande banderole annonçant Tristan. Les programmes des festivités étaient disponibles partout et les vitrines de certains commerces avaient fait une petite place aux deux grands génies de la musique qui allaient être honorés. 

 

 Pour la Neuvième, le Festspielhaus affichait complet. Et les spectateurs avaient eu bien raison car ce fut une soirée somptueuse. Elle commença avec le concerto pour piano KV 482 de Mozart joué par la soliste Mitsuko Uchida. Un beau moment de belle musique mais tout le monde attendait la Neuvième et là, ce ne fut plus un beau mais un grand moment. L'orchestre Philharmonique de Berlin en grand effectif, le Choeur  Philharmonique de Prague sous la direction de Simon Rattle firent entendre des sonorités tour à tour puissantes, émouvantes ou pleines de finesse qui enchantèrent le public et qui s'achevèrent dans un final étourdissant. Une énorme ovation pour les interprètes et leur chef vint saluer cette performance et termina cette brillante soirée. Je n'ai rien dit sur les solistes qui, comme toujours dans cette oeuvre, sont un peu noyés dans le flot instrumental. On remarqua cependant la très belle voix de la soprano Genia Kühmeier.

Les solistes de la IXème Symphonie

Sir Simon Rattle

 

 Les

solistes 

 

et

 

Simon Rattle

 

 

 

Si la salle était pleine pour Beethoven, il n'en fut pas de même pour Tristan (il est vrai que quatre représentations étaient programmées). Il restaient de nombreuses places libres ce qui fut une aubaine pour les spectateurs qui, comme nous, ne purent ou ne voulurent pas payer une place de deuxième balcon (mais de face !) plus de deux cents euros et qui en profitèrent pour se faufiler jusqu'à ces fauteuils vides d'où ils étaient sûrs de profiter pleinement de la mise en scène du polonais Mariusz Trelinski ! Hélas, cette vision nous fit vite comprendre pourquoi la salle n'était pas plus garnie... 

La distribution était alléchante avec Eva-Maria Westbroek en Isolde et Stuart Skelton en Tristan. Deux bons chanteurs mais qui ne firent pas la prestation que l'on attendait. Dotée d'une voix ample au timbre chaud et émouvant, Eva-Maria Westbroek, n'ayant malheureusement pas la souplesse pour alterner vaillance et douceur, eut tendance à chanter en force au détriment parfois de la beauté voire de la justesse de l'émission. Quant à Stuart Skelton il resta effacé vocalement, même aux deuxième et troisième actes manifestement géné sur le plan scénique par une conception générale ne favorisant guère une interprétation héroïque ou passionnée. Stephen Milling en roi Marke et Michael Nagy en Kurwenal se montrèrent à la hauteur de leur excellente réputation. La Brangaine de Sarah Connolly était très acceptable mais là encore elle ne fut guère favorisée par une mise en scène sur laquelle il est préférable de ne pas s'attarder. Mélange de brutalité et de vulgarité sous un faux semblant de modernité puisque tout se passe sur une sorte de navire sous-marin, et visiblement inspirée par Katarina Wagner, Marthaler ou autres, elle ne fit guère illusion auprès des spectateurs. Il est bien rare de voir un deuxième acte salué seulement par quelques applaudissements épars et d'une durée limitée à une vingtaine de secondes... une évidente déception pour un public qui s'attendait certainement à autre chose.

Stuart Skelton et Eva-Maria Westbroek                                                          Sarah Connolly et Stephen Milling

Tristan et Isolde

Brangaine et Marke

 

 

 

 

 

 

 

 

Tristan, Isolde et le chef

 

 

 

 

 

 

Alors on est en droit de se demander s'il était nécessaire de déplacer Simon Rattle et le Philharmonique de Berlin, qui bien sûr furent les vrais triomphateurs de cette soirée et furent ovationnés en conséquence, pour servir d'écrin à une production scénique d'une telle médiocrité. Par ailleurs, en ce qui concerne la direction de Sir Simon, si on apprécie sa maîtrise à nuancer les sonorités aussi bien qu'à catalyser les grandes envolées orchestrales, il ne nous a pas semblé communiquer tout à fait à sa prestigieuse phalange la tension et la fougue qui sont l'apanage des grands chefs wagnériens.

 

 

 

fin