programme Capitole

Le Cercle Richard Wagner de Toulouse, animé par Annie Lasbistes, avait vu les choses en grand pour fêter ses vingt-cinq ans d'existence, aidé en cela par le Théâtre du Capitole qui programmait une reprise de la Walkyrie. La réussite de ces journées a été complète. Nous avons personnellement pris part au dîner de gala qui réunissait des membres de la plupart des Cercles Wagner français, les plus motivés en tout cas par cet esprit de cohésion qui réunit nos associations de façon fort sympathique. S'y étaient joints des genevois et naturellement la cohorte leipzigoise cornaquée par notre infatigable ami Thomas Krakow. On a noté également la présence d'invités d'honneur en la personne d'Eva Wagner-Pasquier et de Horst Eggers, le président du RWVI au demeurant plus figé que charismatique.

Le dimanche a été marqué par une belle et grande représentation de la Walkyrie, emmenée par un chef d'orchestre merveilleux d'enthousiasme et de générosité, Claus Peter Flor. L'orchestre du Capitole a répondu avec ardeur et talent à ses injonctions passionnées. Tous les solistes étaient de premier ordre. Michael König, brillant Siegmund vocalement mais dont l'embonpoint était regrettablement accentué par le port d'un pourpoint ridicule ; Daniela Sindram, Sieglinde émouvante et de grande élégance ; Dimitri Ivashchenko, Hunding sonore comme il se doit ; Elena Zhidkova, Fricka frêle, juvénile et néanmoins impérieuse. Enfin le père et la fille, incarnés par deux artistes de très grand mérite sur lesquels on peut cependant émettre des réserves mais qui ne sont pas des reproches. Anna Smirnova, faisait apparemment ses débuts dans la catégorie "hochdramatisch" après déjà une belle carrière dans des emplois plus graves. Sa voix est certes percutante, généreuse mais sans atteindre la souveraineté qu'ont donnée à ce rôle maintes de ses glorieuses devancières. Tomasz Konieczny est un grand habitué des emplois de baryton-basse wagnériens. Autant par son timbre que par son émission mordante, on l'imagine davantage dans des rôles tels qu'Alberich, Kurwenal ou Telramund (qu'il interprétera cet été à Bayreuth) mais il lui manque cette grande ampleur lyrique indispensable pour incarner Wotan. Il en est de même pour son jeu théâtral où le dieu se voit partiellement réduit à la dimension d'un combinard cupide. Il suffit d'écouter la musique pour se convaincre de la noblesse (certes inquiète et pitoyable) du personnage et pour ne pas se laisser gagner par un grand mal de notre époque qui pourrait s'appeler tout simplement la confusion des valeurs. On peut regretter aussi cette confusion dans la prestation des walkyries, excellentes vocalement, mais réduites à un rôle dérisoire de croque-morts. Cela participe bien sûr d'une volonté affichée de la mise en scène, certes datée, mais malheureusement pas obsolète puisqu'elle fait encore école (irrémédiablement primaire !)

Siegmund Sieglinde et Hunding

Michael König,Siegmund - Daniela Sindram, Sieglinde - Dimitry Ivashchenko, Hunding

Sieglinde Claus Peter Flor Brünnhilde et Wotan

Daniela Sindram, Sieglinde - Claus Peter Flor - Anna Smirnova, Brünnhilde - Tomasz Konieczny, Wotan

La soirée s'est ensuite prolongée par un cocktail en présence des artistes dans une ambiance très agréable et dont les délices nous ont apaisés et réconfortés des émotions procurées par ce spectacle magnifique. Naturellement il faut en remercier les organisateurs, les dirigeants du Cercle toulousain qui se sont dépensés sans compter leur peine. Ils en ont été récompensés par le succès, qu'ils le soient aussi par nos remerciements.

T Krakow 2

Elena Zhidkova et Thomas Krakow

Et comment oublier (en ce 13 février) celui qui a écrit cette oeuvre qui se situe bien au-delà de tous les qualificatifs. C'était il y a plus de cent-cinquante ans, et cela reste un sommet éblouissant.

 

Richard Wagner